Fode
Nous partons pour une mission qui n'a pas de date de retour. Nous serons en contact avec « Charlie », notre relais sur Heezen. Nous la rencontrons avant de partir. Elle s'appelle en fait Jun. Elle sera notre correspondante sur le terrain avec la base. C'est une ressource qui nous sera très utile pour toutes sortes de problèmes : logistique, information, recherche, matériel… Elle est enchantée de nous assister et nous assure qu'elle fera tout son possible pour nous aider. Elle sera en permanence derrière son ordinateur avec un micro-casque. Nous convenons de la façon dont nous envisageons notre relation ainsi que d'autres aspects plus structurels.
Scheme
Il ne vous reste plus qu'à embarquer pour le sud-est des États-Unis d'Amérique dans l'État du Mississippi. C'est bien ça ?
Fode
Tout à fait. Le voyage jusqu'à la capitale, Jackson, n'a rien de passionnant. Nous testons nos canaux de communication avec Jun comprenant : une messagerie instantanée, une visioconférence hologrammatique et un canal son. Nous louons une voiture à Jackson après avoir séjourné quelques jours. Nous nous rendons à Louisville, à 150 km au nord, par la route 25. Iarnvid s'est revêtue d'un large blouson. Elle porte des gants en cuir pour ne pas attirer l'attention sur ses bras et ses mains bioniques. Nous prenons 2 chambres doubles au Homegate Inn sur Mets Street, non loin de Church Avenue qui s'avance tout proche de la high school sur Ivy Ave. Nous y sommes en moins de 5 minutes. Spogma et Hëna sont restés à l'hôtel. Nous y allons à 3 : Iarnvid, Alma et moi. Il est 17 heures. C'est la sortie des cours. Nous nous mettons en position d'observation en face du parking de l'école. Rien de plus banal qu'une sortie de cours d'un collège. Comment allons-nous faire pour retrouver Hans Furlong ? Et cela d'une façon discrète. Nous avons son dossier avec des photos et même des bulletins scolaires avec des appréciations. Hans est plutôt un bon élève, plutôt discret. Nous avons même son adresse chez ses parents. Mais comment lui parler ? Que lui dire ? Comment lui expliquer qu'il porte des germes dans ses os d'une étoile qui a explosé il y a plus de 5 milliards d'années et qu'un simple poil de son cul a la capacité de détruire sa ville et ses habitants ?
Scheme
Almageste était la plus requise pour s'infiltrer dans le bahut et identifier Hans parce qu'elle est la plus jeune. Nous l'écoutons : « Personne ne semble faire attention à moi lorsque je traverse le corridor du bâtiment central. Je vais directement à l'office, au secrétariat, on me renseignera peut-être. Nous avons avec nous des sortes de badges diplomatiques. Ils nous ont donné ça à Heezen. Cela fait de nous des gens assermentés ou diligentés sur une mission. Ce qui est le cas. Nous n'avons aucun soutien gouvernemental, policier ou militaire. À l'accueil, je dis simplement que j'ai une communication à faire à Hans Furlong, qui est assez urgente. Je lui montre mon insigne. C'est un peu cavalier, j'en conviens, mais je n'ai rien trouvé d'autre sur le coup. En fait, cela n'était même pas nécessaire. On pouvait avoir accès à ces informations assez facilement sans avoir à trop se justifier. On me trouve l'emploi du temps de sa classe. On me donne le numéro de la salle où il se trouve en ce moment. Je décide, plutôt que d'aller le voir directement, de le suivre à distance et, en quelque sorte, de l'espionner. Je me tiens donc à la sortie du bâtiment de sa classe et j'attends la fin du cours. Lorsqu'ils sortent enfin, je n'ai pas de difficulté à le repérer. Nous avons des photos et je le reconnais facilement. Personne ne fait attention à moi. Je ne présente aucune particularité. Il y a souvent des personnes extérieures circulant dans l'établissement. Une fois accroché, je le suis discrètement alors qu'il se dirige seul dans les couloirs. Il reste quelques instants à son casier puis il sort sur le parvis de l'école. Le milieu est assez ouvert. Je peux le suivre en restant à bonne distance sans me faire remarquer. Il rejoint un 2ème garçon, son pote. Il est un peu plus petit que lui, avec des lunettes, plus nerveux. Il lui parle en faisant de grands gestes. Il se passe alors une chose curieuse. Je suis témoin de cette scène : un autre groupe de 5 jeunes passe devant eux. L'un d'entre eux leur adresse la parole. Il ne faut pas être un expert en langage non verbal pour comprendre que leurs attitudes sont plutôt versées dans l'adversité. Cela se confirme lorsque celui qui s'adressait à eux bouscule le copain d'Hans qui tombe sur ses fesses. Hans ne réagit pas et aide son camarade à se relever. L'autre groupe part en s'ébouriffant. Il monte dans la voiture de son pote et ils partent. Je rappelle Fode qui me rejoint et nous les suivons en voiture. Son pote raccompagne Hans devant sa maison. Il repart chez lui, pas trop loin, dans le même quartier résidentiel. Fode me laisse devant pour le suivre. Je reste sur le trottoir presque devant lui. Je décide de tenter quelque chose. Après tout, je suis une jolie jeune fille qui cherche un renseignement. C'est lorsque je l'aborde pour lui demander un numéro de rue que je mesure l'ampleur du chemin à parcourir pour le convaincre d'être un porteur d'Ylem. Il me répond. Je le fixe longuement. Je lui dis que je suis nouvelle dans le quartier et qu'on se recroisera certainement. Il ne dit rien et rentre chez lui. Nous décidons avec Fode de rentrer à l'hôtel et de revenir demain matin. Je suis déçue par ce 1er contact. Je m'attendais à rencontrer une personnalité, un caractère, mais je n'ai vu qu'un pré-ado boutonneux accro aux jeux vidéo qui doit certainement découvrir la masturbation et l'enflammage de pets. »
Fode
En fait, elle n'était pas très loin de la vérité. Sauf qu'au lieu d'être un simple gamer, nous le sommes tous après tout, avec son pote, ils s'amusaient à coder leur propre jeu. Il ne faut pas oublier non plus qu'être Porteur n'est pas lié à un comportement ou une attitude. Elle est distribuée uniformément à travers tout ce dont la nature dispose.
Scheme
Aussi, on n'est pas loin des grandes légendes urbaines du cinéma américain.
Fode
C'est-à-dire ?
Scheme
Bah, le coup de l'introverti-du-collège-humilié-par-le-capitaine-de-football-qui-sort-avec-la-meuf-un-peu-conne-mais-trop-bonne-mais-qui-est-en-fait-un-super-héros.
Fode
Hum, à part que lui, quand il a commencé à y croire et qu'on a voulu lui expliquer, il a cru, je sais plus, qu'il allait pouvoir voler dans le ciel en crachant des lasers par les yeux, mais pas qu'il faudrait une fois mort qu'on brûle ses cendres à 1300° pour qu'il se passe quelque chose. Je crois qu'il a été un peu déçu.
Scheme
Il y a quand même le « cri qui tue ».
Fode
Ah oui, ok, alors laissez-moi vous raconter la suite. Le lendemain matin, on est retournés devant chez lui pour le choper avant qu'il aille à l'école. Alma poursuit son travail d'approche en lui proposant de l'accompagner en voiture : « Quand il m'a vue arriver pour la 2ème fois en 2 jours, il a trouvé ça bizarre et il s'est mis direct à m'éviter. Son pote est arrivé au même moment, ce qui lui a donné le courage de m'envoyer balader. Je ne pouvais que comprendre leurs réactions. Quelqu'un qu'on n'a jamais vu qui débarque plusieurs fois de suite dans son quotidien. C'est chelou. Il ne peut pas deviner ce que j'ai à lui dire, qui est très important et qui le concerne. En fait, ça m'a énervée que nous ayons fait tout ce travail et ce trajet depuis Luna pour lui et qu'il m'envoie chier comme ça sans comprendre. Je me suis dit mais c'est vraiment un p'tit con. Je me suis demandé s'il ne fallait pas juste le répertorier, le suivre à distance et le laisser tranquille vivre sa vie dans l'ignorance de ce qu'il possède et que finalement, il n'avait pas besoin de le savoir et que nous le sachions suffisait. »
Scheme
Et j'ai envie de dire : c'est un point de vue qui se défend.
Fode
Nous y reviendrons mais sur le coup, j'ai dû la raisonner et la motiver pour y retourner et tenter un truc. C'était notre 1re rencontre avec un Porteur sur Terre. On voulait qu'elle ait vraiment lieu pour mesurer des différences entre nous et pour, justement, savoir ce qu'il faudrait faire par la suite.
Scheme
En faire un cobaye quoi.
Fode
Oui et non. Il fallait que l'on rencontre l'un d'entre eux. Nous n'avions que cette piste à l'époque. Tu aurais fait quoi toi ?
Scheme
Rien rien ok continue.
Fode
Elle s'est fait remballer mais ce n'est pas pour ça qu'il fallait lâcher l'affair, alors je lui ai parlé et elle y est retournée. Alma : « En réalité, il me gonflait le Hans avec son p'tit pote là. Je décide d'y aller cash et de lui lâcher une partie du truc direct comme ça vient. Ils sont partis devant. Nous les rattrapons. Nous constatons que leur voiture est en arrêt à côté d'une autre sur le bas-côté devant un petit chemin de terre. Nous nous garons un peu plus loin. Nous descendons et nous nous engageons sur le sentier s'enfonçant dans un sous-bois. Il ne faut pas plus de 2 minutes de marche pour surprendre nos amis au détour d'un virage. Nous sommes suffisamment prudentes pour ne pas nous faire voir. Et pour cela, nous sortons du sentier pour nous rapprocher tout en restant camouflées en surplomb dans des fougères. Ils ne sont pas seuls. Le même petit groupe de persécuteurs les encercle à 4. On n'entend pas ce qu'ils se disent mais le langage corporel ne trompe pas. Ils sont menaçants. Ils les ont attirés ici on ne sait comment. Un règlement de comptes est en train de se mettre en place. On se regarde avec Fode. Un sourire nous traverse. Une minute plus tard, nous apparaissons de chaque côté du chemin au moment où ce qui semble être leur chef opère un balayage sur le pote à Hans qui s'affale par terre pour la 2ème fois sous nos yeux. Tout le monde se retourne vers nous. Nous comprenons, ravalons et digérons leurs stupeurs. « Mais c'est qui celles-là ? » Emporté par leur fougue, l'un d'eux s'approche de Fode pour la frapper. À peine son poing navigue-t-il autour d'elle qu'elle l'empoigne et le retourne dans le dos de son agresseur. Il est contraint de s'affaler sur le ventre. Elle passe à califourchon sur lui et maintient sa clé de bras assise fesses à fesses. Un autre tente la même avec moi. J'ai une technique différente. J'esquive, je frappe et j'applique une strangulation avec mes avant-bras après m'être glissée derrière lui. C'est là que l'on voit les progrès que nous avons faits à l'entraînement avec Hëna en MMA sur Luna. Tout est facile, tout glisse, nos intentions sont précises, le mental est là, et rien ne nous échappe. Nous restons ainsi suspendues durant une bonne minute à les tenir. Les deux autres décident de prendre la fuite. Nous ne manquons pas de faire remarquer à nos prisonniers tout le courage et la fidélité de leurs camarades. Hans et son copain sont restés comme deux frites surgelées jetées dans une poêle à frire. »
Scheme
Ah ! Et ensuite ?
Fode
On les a lâchés un par un et ils sont partis en courant. On s'est rapprochées de nos petits chérubins, pour les rassurer. C'est à ce moment-là qu'il s'est passé un truc de ouf. Au moment où je me suis penchée sur Hans pour m'assurer qu'il allait bien, j'ai senti la lame d'une navaja se poser sur ma gorge. Une étreinte me fixait au niveau de ma taille. Le temps s'est suspendu. Je n'ai plus bougé le moindre sourcil. À peine ai-je pu glisser un coup d'œil sur le côté pour constater qu'Alma était dans la même situation. Une ombre noire à forme humaine était positionnée derrière elle. Il n'y eut aucune parole ni aucun mouvement durant une demi-minute. Comme si ceux qui nous emprisonnaient ne savaient pas trop quoi faire de nous. J'ai tenté un : « Mais vous êtes qui vous ? » Il n'y eut pas de réponse et un silence exactement équivalent au temps qu'il m'a fallu pour poser la question. « Nous sommes la Camarilla des porteurs d'Ylem. Nous assurons leur sécurité depuis plus de 2 millénaires. Nous avons convenu que vous représentiez un risque. » C'était une voix féminine, grave et enrouée, mais posée et cinglante. Je ne la voyais pas. Devant moi, Hans et son copain alternaient leurs regards entre la personne derrière moi et moi. Ils étaient terrorisés. Ils n'ont pas bougé d'un millimètre. Cela dura 2 minutes qui parurent une éternité avant qu'un nouvel incident ne fasse son apparition. J'entendis un cliquetis dont j'identifiais rapidement la source sonore derrière celle qui m'avait capturée. C'était sans aucun doute l'armement d'un Glock 17 semi-automatique 9 mm. Une fois de plus nos entraînements avec Hëna nous avaient permis d'identifier le son que produisaient chaque arme de poing à l'armement et au tir.
Scheme
Ça n'a pas dû être simple de faire du tir sur Luna. C'est culturellement et strictement interdit !
Fode
Oui, eh bien on l'a fait quand même. Et crois-moi que je ne le regrette pas. Ainsi, nos tenants se sont retrouvés eux-mêmes tenus dans une enfilade de mise en joue.
Scheme
Et c'était qui la Camarilla ?
Fode
Un militaire Localselen Terrien nous avait également suivis. Il s'est présenté comme tel. Il a retourné son col pour faire apparaître son insigne piqué : un drapeau noir, gris et blanc avec une flamme rouge au milieu.
Scheme
Le drapeau sélène de base orné d'un motif tribal. Celui Proselen est une vague bleue. Ce sont les plus connus car ce sont les plus anciens. Il y en a plein d'autres, en fonction des lieux et des groupes sociaux. Le feu c'est le cataclysme de 2026 et la vague bleue ce sont les eaux du port de Gassendi. On est toujours très fier d'afficher son appartenance sur Luna.
Fode
C'est lui qui tenait toute notre chaîne de menaces. On est restés comme ça plusieurs dizaines de secondes. Cela était déjà suffisamment incroyable comme situation mais un nouvel événement encore plus dingo est venu se rajouter à nos poupées russes. Hans s'est mis à avoir des tremblements qui se sont transformés en spasmes incontrôlés. Ses yeux se sont révulsés. Il s'est retrouvé par terre sur le dos. Il était juste devant moi et je ne pouvais rien faire. J'ai cru au début qu'il s'agissait d'une sorte de crise d'angoisse tout à fait compréhensible. Et puis, un son est sorti progressivement de sa bouche. D'abord dans les graves, puis il a commencé à monter dans les aigus. La Camarilla et nous, on a tout de suite compris ce qui allait se passer. On s'est immédiatement bouché les oreilles le plus complètement possible. C'est le soldat Localselen et le pote à Hans qui en ont fait les frais. Nous nous sommes jetés au sol d'un coup, juste avant qu'Hans ne parte dans les ultrasons. Il n'a pas fallu plus de quelques secondes, dans un silence tout humain, avant que leurs têtes n'explosent comme une grenade à l'intérieur d'une citrouille.
Scheme
Le fameux cri des porteurs.
Fode
Oui, nous avons tous cette faculté mais elle est plus ou moins développée et maîtrisée en fonction des porteurs. Il faut des situations émotionnelles particulières pour développer une intensité capable de faire ce qui est arrivé ce jour-là. C'est pour cela que cela n'arrive pas souvent, et heureusement. Mais on peut la maîtriser. Cela demande de l'entraînement. Et c'est d'ailleurs suite à cet accident que nous avons commencé à nous interroger sur sa provenance et son utilisation. Hans avait cette faculté d'y arriver plus facilement que d'autres.
Scheme
On se souvient de Lica et sa mère, Eva. Comment s'est passée la suite des événements après ce coup ?
Fode
Les gars que nous avions immobilisés sont restés cachés dans un bosquet et ils ont tout observé. Ils étaient suffisamment loin pour ne pas en ressentir les effets. Ils ont raconté ce qu'ils avaient vu. Ensuite Hans a fait un coma. Nous l'avons ramené avec son pote en ville. Nous l'avons déposé dans l'hôpital du coin. En rentrant, un peu plus tard, nous sommes interpellées depuis notre hôtel par la police de Louisville puis incarcérées.
Scheme
Ça marque un stop dans cette histoire de recherche de porteur. Le reste n'est plus que de la gestion de patrimoine.
Fode
Oui, mais avant cela, il y a plusieurs étapes. Les jeunes qui ont assisté à la scène ont témoigné. Hans était sous le choc à cause de son pote. L'affaire n'a pas fait tant de bruit que ça dans la bourgade. Des accidents il en arrive partout. La famille du pote à Hans est ce qui restera de plus douloureux pour nous. C'est un contingent militaire qui reprend l'instruction. Nous sommes déplacées à New York pour être reçues par un haut-commissariat dans le bâtiment des Nations Unies 2 jours plus tard. Nous pensions devoir être entendues pour les morts. Ils ne sont même pas évoqués. Nous rentrons directement dans une discussion de fond entre des délégués officiels, en visio avec l'administratrice d'Heezen. L'un des ambassadeurs commence ainsi : « Une boucle se referme. Une angoisse est levée. Tout trouve une raison à qui sait l'attendre. Le temps résonne comme un cri et puis n'est plus. Passé l'exaltation et la résilience, il ne reste plus que le travail achevé et celui qui continue. Nous n'aurons de cesse de nous poser des questions. La question de ceci de cela. Vous avez remporté votre pari. Vous nous avez convaincus de votre existence. Nous allons vous aider. » Au début, on n'a rien dit. On était contentes que cela aboutisse à une forme de reconnaissance et de prise en charge. Et puis on s'est vite rendu compte qu'il s'agissait pour les autorités terriennes d'une tout autre stratégie : reprendre la gouvernance des porteurs d'Ylem et ainsi avoir le contrôle sur cette puissance à leur profit.
Scheme
Ah oui, ça ne pouvait pas se passer autrement, bien sûr.
Fode
Nous avions fait tout le boulot. Nous étions nous-mêmes porteuses et on voulait nous déposséder de nos lumières, de nos vies.
Scheme
Nous aurons l'occasion d'y revenir. Que se passe-t-il ensuite ? Mais d'abord, que devient la Camarilla ?
Fode
À cette question répond le devenir des Porteuses. Le dossier sur les Ylems éclate au grand public comme jamais dans notre histoire. C'est en fait un nouvel épisode qui se rajoute. Les tabloïds du monde entier s'en font les gorges chaudes. Comme d'habitude, il y a différents traitements de l'information selon le pays, les pratiques, les personnes et toutes sortes de choses apparaissent dans les médias. Parmi les plus farfelus, j'ai retenu le fait d'avoir été perçues comme un facteur aggravant au cataclysme qui a mis fin à la période des dinosaures.
Scheme
Quoi ! Que vous seriez responsables de la disparition des dinosaures ?
Fode
En complément à l'éclat d'une météorite, oui, c'est tout à fait possible. Nos corps sont faits de poussières d'étoiles. Nos os transportent une matière recyclée depuis des milliards d'années. Nos cendres ne réagissent violemment que cuites à plus de 1300°C. C'est bien moins que la chaleur émise par le fracas d'une météorite sur la Terre. N'importe quel potier amateur pourrait arriver à cette température avec juste un petit four à gaz. Une toute petite quantité de cette matière suffit à provoquer des catastrophes dépassant l'imagination. Nous sommes donc rapidement devenues une menace pour la sécurité et une priorité internationale. Il faut protéger et surveiller les Ylems. Nous restons chez nous. Nous continuons à vivre nos vies mais avec un suivi médical et une protection rapprochée. Nous n'avons pas besoin de rester en vie, les autorités ont juste besoin de savoir où nous sommes et, par souci de contrôle, ce que nous faisons. Cela n'est parfois pas suffisant et nous subissons des attaques diverses et variées. Nous sommes sous le contrôle de l'ONU, rattachées au bureau des affaires lunaires. Moi, porteuse, je me suis mise à me battre pour récupérer la gouvernance de ce dossier. Cela participera à des tensions inédites entre Terra et Luna.
Scheme
Nous y reviendrons. La Camarilla ?
Fode
Elle disparaît dans la nature, comme elle a toujours su faire. Mais on sait qu'elle est là, qu'elle rôde. Elle est en quelque sorte le supplétif des différentes protections mises en place par l'ONU pour nous. De ce fait, elle va chercher à se rapprocher de nous et reprendre contact avant de devenir un allié lorsque nous déciderons de vouloir reprendre la main sur nos vies. Ils connaissaient d'autres Ylems. Des informations qui leur ont été transmises de génération en génération. Ce qui nous a permis longtemps d'avoir une longueur d'avance sur les recherches officielles effectuées par les affaires lunaires avec les outils qui étaient en place sur Heezen. Et puis en créant d'autres labos ils nous ont rattrapées. Ça ne représentait pas non plus des milliers de personnes.
Scheme
Enfin, il y a cette faculté vibratoire, ce cri.
Fode
Certaines vibrations font réagir le corps qui l'exprime par un cri déchirant. Cela n'est pas douloureux mais c'est très surprenant quand on n'est pas habitué. Ce sont des fréquences que l'on peut apprendre à maîtriser. Cela demande une concentration et une forte dépense d'énergie nécessitant un entraînement particulier. Je dirige ce groupe de travail. Il s'agit d'apprendre à aller chercher cette énergie. Je parviens rapidement à faire de petits progrès. J'arrive à faire certaines choses que les Aérolithes faisaient lorsque nous les avions rencontrées, comme faire bouillir de l'eau instantanément ou produire des fréquences sonores dangereuses et les associer à une décharge électrique mesurée qui se projette en un point...
To my dad

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