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S3E7 Aerolith


Addrynh
Impliqué dans un massacre sur Terra, tu es interné sur Luna, au centre pénitentiaire du cratère Copernicus, dont tu parviens à t’enfuir. Perdu, seul, équipé d’une combinaison pourrie, tu erres dans l’immensité grise et tu te perds dans un dédale de rochers à pic. Tu te retrouves coincé dans un cul-de-sac, la puissance militaire à tes trousses.

Delca 
Oui. J’étais fin cuit. C’était terminé. Et puis le sol s’est dérobé sous mes pas, et je suis tombé. Assez longtemps.
 
Addrynh 
Allah Lewis Carroll !
 
Delca 
T’es con ou quoi ! En vrai. Un thrill magnifique. Je m’en souviens parce que j’avais plus ou moins eu le temps d’établir une sorte d’équilibre, sur le ventre, les bras écartés, comme en vol libre. Je ne distinguais rien devant moi que le noir d’un vide plus noir que le noir troglodyte. Je ne voyais pas ma main. D’ailleurs, je me sentais à peine tomber. Je devais tomber doucement. Au bout d’un temps immémoriel, j'alunissais délicatement sur un sol spongieux. Je me suis relevé et j’ai tenté de marcher, mais j’ai glissé au bout du 2ᵉ pas. Je sentais que je commençais à m’enfoncer dans une matière plastique. Le sol m’a englouti doucement, jusqu’à la taille, puis jusqu’au cou. Je ne saurais te décrire l’état dans lequel je me trouvais, tant les dernières heures de cavale furent intenses.
 
Addrynh 
A total eclipse of the heart.
 
Delca 
J’avais relevé mes bras, puis ma tête disparut, puis mes mains. J’étouffais et perdis connaissance.
 
Addrynh 
Hello darkness my old friend.
 
Delca 
Je me réveillai dans une sorte de bulle lisse, transparente, suffisamment grande pour tenir debout. Tout était sombre au-delà, mais une légère phosphorescence semblait l’illuminer. Elle reposait sur un sol légèrement enfoncé, et ça faisait comme un plancher moelleux. Je ne ressentais aucune pression, aucun froid. Ma combinaison était déchirée à l’épaule. J’ôtai mon casque. L’air était chaud. Je respirai convenablement. Je touchai la surface de la bulle, et mes doigts s’y enfonçaient légèrement. Je les laissai traîner, formant des sillons se refermant quelques secondes plus tard sur eux, et la surface reprenait son aspect lisse et satiné. J’étais épuisé et me rendormis. Je me sentais en sécurité, bien qu’enfermé. Je me réveillai à nouveau dans les mêmes conditions. Cette fois-ci, je tentai de passer ma main à travers la matière plastique. J’y parvins, mais un froid brutal me brûla, et je retirai ma main immédiatement. L’extérieur n’était que vide. Je me mis debout, et mes mains en visière tentèrent d’apercevoir quelque chose à travers. Rien d’autre qu’un noir profond. Elle semblait s’animer de vie, car régulièrement elle bougeait un peu, diminuait ou rétrécissait son volume. Sa lumière s’atténuait, puis augmentait.
Au bout d’un temps que je ne mesurais plus, il se passa quelque chose. La surface de mon plancher s’élargit, et le sol autour de moi se mit à faire des petites ondulations, comme des mini-vagues allant s’échouer sur les bords. Je me mis debout et cherchai à me stabiliser. J’y arrivai sans peine. C’est alors qu’une partie du sol, devant moi, commença à gonfler et à former une boule qui s’étira d’un coup en cylindre, pour s’arrêter à ma hauteur.
 
Addrynh 
Aerolith !
 
Delca 
Le cylindre d’argile se métamorphosa, et je contemplai une sorte de sculpture s’auto-façonner devant moi. Un gargouillis accompagnait cette transformation. Au bout de quelques minutes, j’en avais la certitude : la forme que prenait cette masse plastique me ressemblait. La combinaison que je portais, les traits de mon visage. J’avais devant moi mon double exact. Que je bouge un peu, et la silhouette suivait mes gestes avec un léger retard. J’approchai ma paume percée, ornée de son anneau, et la posai à plat dans la sienne. Le trou en son centre était parfaitement identique. Douceur d’argile. Je calai mon œil et regardai la surface de son iris uniforme à travers le trou de ma paume, et je clignai de l’autre. Même réaction. Lorsque je parlai, aucun son ne sortit de sa bouche, et seules ses lèvres bougèrent : « Où suis-je ? Qui êtes-vous ? Que s’est-il passé ? » Aucune réponse. « Il faut me ramener sur Terre. Il faut que je rentre chez moi. » Rien d’autre que le mouvement de mes lèvres. J’ai fini par lâcher l’approche anthropo-linguistique et m’assis en tailleur. La forme m’imita. Je la regardai dans les yeux. Je ne percevais rien d’autre que la froide couleur grise de sa substance.
 
Addrynh 
Du grès kaolinitique moucheté d’anthracite et de pyroxène !
 
Delca 
La forme se défit à nouveau, se rétrécit et s’enfonça dans le sol comme elle était venue. Et je restai seul. Aussi curieux que cela puisse paraître, je me mis à rire. Je m’allongeai sur le côté et m’endormis à nouveau. Je ne cherchais plus à comprendre quoi que ce soit. Je m’abandonnai. D’un coup, il fit très froid, et cela me réveilla brusquement. Je sentais la pression qui tombait par des sifflements, et j’eus le réflexe de remettre mon casque. La déchirure du tissu de synthèse à mon épaule droite était recollée. J’entendis la résonance de mon souffle. La bulle se déforma et s’ouvrit sur le haut. L’ouverture s’agrandit, et elle retomba autour de moi comme un seau d’eau lancé à la volée. J’étais dans une grotte, et une entrée soutenue par la lumière stellaire se trouvait à quelques dizaines de mètres devant moi. La masse organique glissa sous moi et se retira dans l’obscurité. Je me retrouvai le cul sur la régolithe. Je me relevai et marchai jusqu’à l’entrée. J’étais sur un petit promontoire s’acheminant progressivement vers le bas. Le paysage lunaire gisait tout autour de moi, et Terra bondit, luminescente, au ciel. De l’horizon proche, j’aperçus les remparts d’une cité.
 
Addrynh 
Clavius ! Nous y serons la prochaine fois.
 
Delca 
Je contrôlai ma quantité d’oxygène disponible. J’en avais pour 4 heures. Je descendis la petite colline en direction du cratère habité par des bonds agiles et sûrs.

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