Scheme
La fresque est immense et chargée de signes compréhensibles au toucher distant. Une matrice désintègre au feeling l'arrivée d'une sobriété et donne à l'opulence, en contrepoint, la solution pour qu'elle nous suive en parallèle sous les tropiques. Je suis rentré en moi, la coquille sur le chemin baveux, tout d'or tracé sur le lit du seigneur, voilà ma terre promise ! Je sors grandi et soulève la vasque. L'horizon étire une ligne formelle entre 2 incompatibilités. Qui aurait cru qu'il pleuvrait lorsqu'elle est devenue folle ? Voyez le sable s'écoulant sur le marbre fissuré : il tombe à l'envers. J'ai cru qu'il n'était pas encore l'heure et j'ai couru pour ne pas me perdre dans mon obsolescence. Montant dans la hutte par les veines d'un tronc, en skimboard, je t'attends en fumant une oreille en papier. Les dates dans mon agenda laissent des traces sur mon cœur de dia-mant. Le reste, en face, nous regarde en pleurs. Rien ne résiste à ton plaisir. Qu'on s'en prenne à mes orifices et je préviens la garde. Elle montera sur ses chevaux d'orfèvre, percutera le sol, s'en ira et reviendra les cheveux sales et les yeux rougis par le feu du so-leil. Retardant le sommeil dans le silence de l'attente, je permute les lois divines avec celle du prisme décomposant les couleurs, armant ses ondes oscillantes sur le sable. Il marque des traces abandonnées après leur passage. Elle tire à vue sur tout ce qui dépasse du mur de verre, tout ce qui est plus précis dans le flou. Je n'ai pas réussi à contenir le cérumen coulant de ton pavillon droit sur le carrelage jauni par le temps en te soufflant des mots doux à la gauche. Je ressemble à ce qui n'existe pas encore mais qui suit son chemin dans l'ombre à côté de toi. Suis-moi, hagard, trouvons-nous dans la pénombre, de moins en moins à tâtons, de plus en plus sur nos joies. Ne forçons pas son éclat, résistons-lui le temps qu'elle se façonne à nous. Encore combien de temps caché sous le voile de la soumission aux forces du capital ?
Fode
Une trêve de 48h est convenue entre les forces terriennes et lunaires. Une négociation s'engage sur le devenir de cette lutte. Elle n'est pas retransmise et reste à huis clos. Cela se passe au fond d'un couloir, dans une petite salle de l'immense bâtiment rectangulaire de l'ONU, à New York, au bord de l'East River, dans l'arrondissement de Manhattan, dans le quartier de Turtle Bay, à l'est de Midtown. Je fais partie de la délégation avec Wenti Chihemek, administratrice d'Heezen. Nous sommes 2 femmes. Un pont sous-marin puis aérien à travers l'Atlantique depuis les Açores est aménagé pour nous permettre d'arriver jusqu'ici. Partir, même quelques jours, en laissant notre lieu, nous cause quelques soucis. La trêve sera respectée. Les attaques et les pressions ont cessé, mais tout est si fragile. Puis, sur place, c'est un monsieur tout rond qui engage le dialogue.
« Voilà 2 mois que nous avons entamé une lutte pour nous protéger contre les différentes offensives que nous avons subies sur nos sols. Il est temps de faire un point pour connaître vos positionnements.
Moi : Nous n'avons pas voulu de cette guerre, c'est vous qui l'avez provoquée. Vous nous la faites à l'envers.
Wenti : Pourquoi avoir largué une bombe sur Tranquillitatis ? Cela n'apparaît jamais dans vos communications. Il y a eu des milliers de victimes !
Admin ONU : Nous ne sommes pas ici pour subir un interrogatoire de votre part, mais pour trouver une solution qui nous convienne à tous et à toutes. Dans toutes affaires, il y a des dégâts collatéraux. Rien ne se passe jamais comme on l'a souhaité. Et tout cela est bien regrettable.
Wenti : Vos chiffres d'affaires ont explosé. Toute l'aéronautique et son ruissellement ont multiplié par 10 leurs recettes depuis le début de ce conflit. Voilà la réalité ! Le fric et la guerre ont toujours fait bon ménage !
Moi : Le fric EST la guerre ! »
Nous ne sommes pas parvenues ce jour-là à trouver une solution. Ils ont feint les chattes effrayées par nos comportements et ont rapidement mis fin à la discussion. En tout et pour tout, l'échange n'aura duré que 10 min. Nous sommes reconduites jusqu'à Heezen. Les combats et la répression ont repris dans l'heure qui a suivi notre arrivée.
Scheme
N'auriez-vous pas pu être plus coopératives et travailler sur des nuances ?
Fode
Il n'y a tout simplement pas eu de nuances. Ils ont arrangé ce rendez-vous et cette trêve uniquement pour savoir si nous étions prêtes à rendre les armes pour leur donner accès à Luna. Rien d'autre n'était au programme.
Scheme
Oui, bien sûr. De notre côté, après notre amarrage catastrophe sur la Toupie, nous passons quelques heures à nous relaxer dans une de leurs capsules-couchettes. Nous profitons de leur cantine, celle de l'aile sud-ouest, où nous nous sommes écrasés. Ce qui nous permet de rencontrer une partie du personnel de cette partie de la Toupie et de comprendre une chose : toutes les zones sont différentes. Dans cet immense appareil, la gouvernance n'est pas unitaire et d'un seul cri. Nous découvrons, en discutant avec plusieurs officiers, que les relations de pouvoir sont fragmentées, imbriquées et corrompues. Et que ce qui apparaissait, pour nous qui vivions sur Luna, comme étant un territoire technologique Localselen n'était qu'un photomontage et que des enjeux de souveraineté importants se distribuaient dans l'ombre. Nous ne sommes pas si étonnés de découvrir la réalité des rapports. Autant Halanx que moi-même avons déjà eu l'occasion de goûter aux joies de l'adversité dans les organisations et à certaines évocations, nous sourions et nous en rions même entre nous. Cette Toupie est un nid de vipères aux venins stratégiques, et il convient d'être sur ses gardes. Déjà, le fait qu'un Proselen, ce que je suis, soit ami avec un Localselen, Hal, pour certain·es dans notre zone, c'était hyper chelou.
Fode
Les combats faisaient rage au-dehors, mais eux, ils s'entre-déchiraient sur des luttes de pouvoir.
Scheme
C'était une petite guerre dans la grande guerre. Ils avaient compris que Terra ne toucherait pas à la Toupie, que les enjeux étaient trop lourds si elle venait à être endommagée, pour nous, bien sûr, car elle gérait l'Atmo, mais pour Terra aussi il y aurait des conséquences. Cette station avait créé un équilibre géophysique inédit dans le système Terre-Lune, dont il était devenu impossible de se passer. C'en était presque drôle, mais tout le monde s'intéressait à nous, mais nous, ici, on se battait pour toute autre chose. Et puis j'ai senti que je pouvais faire quelque chose pour eux. On connaissait mon histoire. J'étais une personnalité du monde lunaire. J'avais la possibilité de prendre la parole et d'être entendu dans n'importe quelle assemblée où des questions nous concernant étaient débattues. J'ai donc utilisé cette carte. J'ai commencé à faire le tour de toutes les réunions importantes qui avaient lieu ici. Mon objectif était de leur faire prendre conscience qu'ils ne pouvaient pas s'absoudre de leur environnement immédiat sous le prétexte d'une sorte d'immunité et poursuivre leurs petites affaires comme si de rien n'était. D'abord, ils n'étaient pas à l'abri d'un dégât collatéral comme il y en a toujours, mais surtout, j'insistais sur la fibre patriote. Avec Hal, nous avions participé aux combats. Nous avions vu nos camarades se jeter sur leurs croiseurs pour nous sauver. J'y allais aussi des nombreuses pertes de l'attaque sur Tranquillitatis. J'énumérais un certain nombre de faits et je les mettais en lien avec leurs petites luttes internes désintéressées de ce qui se passait à quelques mètres de leur radar. J'avais fait mouche dans plusieurs assemblées. Hal m'accompagnait. Il n'avait pas l'habitude de ce genre d'action, lui, le soldat des airs, le pilote de Jaguar, il n'avait jamais vu une personne seule, rien qu'avec des mots, capable de retourner une situation politique complexe. Il m'avait appris tant de choses sur la réparation et le pilotage de notre Weasel. Je lui en montrais tout autant dans ce que je savais faire de mieux : produire, animer et faciliter un espace de discussion.
Nous faisions des ravages avec notre discours sur les probabilités qu'une attaque puisse être menée contre eux. Au fur et à mesure de ma tournée, je réalisais à quel point cette neutralité par rapport aux combats cachait en fait un véritable amour pour cette station par ses occupants et une volonté unanime de la protéger. En temps de guerre, les décisions se prennent très vite et elles doivent surprendre. Il n'y a plus de traité, de loi ou encore d'éthique. Toutes les propositions sont étudiées pour gagner. En rabâchant tout cela, nous avons invité le doute dans la rumeur.
Fode
Mais tout ce que tu leur disais était vrai. Ce n'était pas de la parole politique. En ne réagissant pas, d'une part, ils choisissaient leur camp, c'est-à-dire celui de l'adversaire, mais en plus, ils faisaient courir un gros risque à tout l'écosystème.
Scheme
Nous prîmes un sérieux avantage dans notre parcours au moment où une troupe d'élite terrienne décida de s'infiltrer à l'intérieur de nous. Leurs opérations avaient fonctionné et une cinquantaine de soldats réussirent à prendre un quart de la station avec une incroyable facilité. Ils ont débarqué dans les salles de contrôle du groupe qui était le moins engagé pour une solution offensive contre Terra, et même plutôt à rechercher la coopération. Ce ne fut donc pas un hasard si les militaires terriens avaient choisi cette cible. Ils ont débarqué et menacé tout le monde. Les Localselen sur place ont rapidement abdiqué. Ils ont déposé les armes qu'ils n'avaient même pas levées. L'armée a fait débarquer d'autres troupes supplémentaires pour mieux asseoir leur prise de pouvoir. Les sas entre nos secteurs se sont verrouillés. Certains les ont même soudés. J'ai, du coup, rapidement fait partie de la délégation pour les rencontrer. Halanx m'accompagne. Je décide d'attaquer direct.
« Vous faites prendre des risques à tout le monde, autant à vous qu'à nous, mais à quoi jouez-vous ?
Officier terrien : C'est la guerre, monsieur Bale, n'avez-vous pas remarqué ?
Halanx : La guerre, c'est mon métier. C'est une rencontre, un échange, une éthique. Ici, nous nous battons contre des drones pilotés à distance et retransmis en direct dans le monde entier. Je n'appelle pas cela une guerre, mais un bien triste spectacle.
Officier terrien : Et pourtant, nous sommes bien en chair et en os devant vous aujourd'hui.
Moi : Pourquoi avez-vous occupé une partie de la Toupie ? Cela n'était pas nécessaire.
Officier terrien : Ça n'est pas vous qui décidez de ce qui est nécessaire à faire ou pas. N'avez-vous pas cherché à mobiliser les gens ici contre nous alors que ses occupants devaient rester neutres, même s'ils sont gouvernés par la Locale ?
Moi : C'est la guerre, messieurs, n'avez-vous pas remarqué ?
Officier terrien : Je vois que la négo ne s'annonce pas sous les meilleures intentions.
Halanx : Partez d'ici. C'est tout ce qu'il y a à comprendre.
Officier terrien : Nous pourrions vous proposer de partager la gouvernance de ce lieu.
Moi : Nous n'avons, par le passé, aucun exemple de partage qui puisse nous servir de repère.
Officier terrien : Puisque nos questions et nos réponses ne sont que du tac au tac sans perspectives, je ne vois pas bien pour l'instant comment nous pourrions sortir de cette situation.
Moi : En commençant par admettre qu'en envahissant cet endroit, vous ne respectez rien.
Halanx : Vous n'avez aucune déontologie professionnelle ! »
Ils ont souri, se sont levés sans rien dire et ils ont quitté la salle. Nous ne savions pas du tout à quoi nous attendre. Il a donc fallu que nous réagissions comme si leur belligérance allait se poursuivre. Et pour résister, c'est toi, Fode, qui as trouvé l'idée qu'il fallait : exfiltrer un Ylem depuis Terra, en pleine possession de ses moyens, sur notre station.
Fode
Depuis Terra, c'était compliqué, mais pas impossible. Nous étions très surveillées. Ils les avaient même regroupés tous ensemble pour mieux les contrôler. Sauf ceux de notre station, c'est-à-dire Chereka, Hans et moi. Mais c'était difficile pour nous de faire le moindre pas à l'extérieur d'Heezen. Nous aurions pu utiliser la puissance d'Hans, qui avait développé une capacité de souffle énorme, mais non, trop dangereux, trop incertain.
Scheme
Il faut rappeler ce que tu appelles la puissance d'un souffle.
Fode
Certains Porteurs d'Ylem ont développé une arme à énergie dirigée, ce n'était pas un laser, mais une pression acoustique si intense qu'elle détruisait tout ce qu'elle atteignait, pouvant s'étaler sur plusieurs centaines de mètres.
Scheme
Omnidirectionnelle ?
Fode
Hypercardioïde. En se tenant hors de sa directivité, dans notre dos par exemple, on est moins touché. C'est quelque chose qu'il a fallu travailler pour que cela soit mieux maîtrisé, mieux dirigé et aussi, plus puissant. Hans avait des dispositions incroyables. Il était capable de faire exploser une bouteille en verre et rien d'autre autour d'elle jusqu'à 300 mètres, en couplant son regard avec sa voix dans un exercice de concentration très particulier. L'inconvénient, c'était la fatigue engendrée après coup, voire la détérioration du corps si la charge était excessive. Le corps en prenait vraiment un coup. Hans, qui avait 16 ans quand on l'a connu, quelques mois plus tard, en paraissait 40. Ainsi, nous nous entraînions sur des petites décharges, sur 5 à 10 mètres, avec des petits objets que l'on pouvait aussi faire bouger. Nous n'utilisions jamais la pleine puissance de ce cri ultrasonique sauf pour de rares tests cruciaux. C'était trop dangereux pour eux comme pour nous. On pouvait se faire exploser ! On mettait plusieurs jours à s'en remettre en tant que Porteur. Si on faisait attention, cela fatiguait un peu, mais cela restait raisonnable, l'équivalent d'un marathon suivant l'intensité qu'on y mettait. Les puissances ne sont pas les mêmes d'une personne à une autre. Nous avons déjà eu l'occasion d'en parler plusieurs fois ici. La dernière fois, c'était avec Hans. La première fois, c'était avec Lica. 2 exemples un peu extrêmes, mais ce sont des cas où les personnes découvraient cette capacité à leur insu. Il y en a d'autres.
Scheme
Nous prenons tout de même la décision d'exfiltrer Hans jusqu'à nous.
Fode
Oui. Je sais. Un soldat Proselen l'accompagne, Jarvis, un expert en infiltration. Nous utilisons l'un de nos tunnels pour sortir derrière les lignes nous assiégeant. On n'est pas Sélène pour rien. Creuser des trous par terre frénétiquement sans raison particulière est culturellement notre passe-temps favori. On se dit toujours que cela peut servir, on ne sait jamais. Nous créons une diversion pour assouplir la remontée en mini-bathyscaphe déjà stocké à la sortie du tunnel. Ils récupèrent un zodiac et couvrent les 2 000 km qui les séparent de la côte portugaise en 1 jour. Terrien. Puis, à l'arrière d'un pick-up, avec de la volaille, ils parcourent les 400 km de Lisbonne à Moguer dans la province d'Huelva à travers l'E01. Ils poussent jusqu'au grillage du « Centro de experimentación de El Arenosillo » géré par l'Institut national de technique aérospatiale, site de lancement orbital espagnol. Il y a des passages où la surveillance est défaillante, loin des émetteurs. On peut passer à pied dans les couloirs les plus à l'écart du centre. Déguisés en soldats, ils passent les barbelés et rejoignent les unités prêtes à partir pour un croiseur en orbite terrestre. C'est le moment le plus délicat, incorporer une escouade sans se faire repérer. La chance est avec eux : dans l'urgence d'une attaque, plusieurs divisions sont embarquées dans la précipitation. Les appels et les contrôles se font aléatoirement et ils embarquent. Le décollage est une épreuve physique intense, surtout pour Hans. Ils résistent à la pression. Hans ne le montre pas mais il est complètement à l'ouest, harnaché dans son siège, il régurgite son vomi plusieurs fois, mais ne peut s'empêcher de se pisser dessus. Ils débarquent sur l'aire d'un croiseur et ils passent directement aux toilettes. Hans reste enfermé 3h dans un box individuel pour récupérer pendant que Jarvis cherche une solution pour rejoindre la Toupie. C'est là que ses compétences de pilote ont été primordiales. Il faut qu'ils volent un appareil car aucun ne va directement là-bas. Il trouve un petit container de transport de légumes. Ils prennent la place des primeurs. C'est un peu exigu, mais ils tiennent debout serrés l'un contre l'autre. Jarvis automatise la trajectoire vers la station de Lagrange. Personne ne soupçonne leur départ parmi tous les véhicules décollant quotidiennement. Le danger, c'est d'être attaqué par un Jaguar LocalSelen. Tout se passe bien.
Scheme
Qui prendrait en chasse un container de légumes ?
Fode
Personne. Ils traversent la zone des combats sans même avoir de visuel, tout au radar. À proximité de la station, Jarvis envoie un signal que tu reçois personnellement.
Scheme
Absolument. Je demande un laissez-passer pour eux et ils se posent sur l'une de nos aires. Je me précipite pour les accueillir et subvenir à leurs besoins. Je leur offre mon logement et je les laisse récupérer. Mais comment sais-tu tout ce qui s'est passé ?
Fode
Jarvis m'a tout raconté. Nous avons prévu d'évoquer les raisons de la venue d'Hans là-haut la prochaine fois. Il y a une dernière chose que tu souhaitais aborder et qui te tenait à cœur.
Scheme
Oui. Notre dernière rencontre avec Absalon. Il avait assassiné Mjesec devant nos yeux et il était bien parti pour en finir avec nous tous. Mais il a dû prendre la fuite. Nous sommes sauvés par les garde-forestiers du Carré vert. Ensuite, les événements se sont rapidement enchaînés et j'ai cessé de penser à lui. Mais pas lui. Et c'est au détour d'un couloir, dans cette station où nous étions bloqués, cernés par les combats, que je tombe à nouveau sur lui. C'est d'habitude un homme entouré d'une solide équipe agissant sur ses ordres, mais cette fois-ci, il était seul. Son assurance et sa superbe avaient disparu. J'avais devant moi un homme dérangé, instable, atteint. J'ai compris plus tard que ses employeurs n'avaient pas trop apprécié ses échecs contre ma capture mort ou vif. Il avait fait tout ce chemin depuis Luna pour me surprendre à nouveau au moment où je m'y attendais le moins, mais pas dans le cadre d'un contrat de travail, uniquement pour lui. Il n'y a pas eu de petites discussions, comme à son habitude, entre nous, pour savoir qui aurait le dernier mot. Il est apparu tout de noir vêtu, les bras croisés qu'il décroisa à ma vue pour serrer les poings. Son visage s'est durci et sa mâchoire s'est contractée. Son cou s'avança. Son regard me figea par-dessous. Il poussa un hurlement en se mettant à courir vers moi. J'ai ressenti, à sa rencontre, la même animalité. Le souvenir de Mjesec m'a rallumé en un instant et je me suis élancé tout autant.
Fode
Wow !
Scheme
Il faut savoir une chose. Aucun d'entre nous 2 ne sait se battre. C'est un fait. Mais aucun de nous ne le sait de l'autre à ce moment-là. Cela ne semble pas trop étonnant en ce qui me concerne. Ça l'est plus concernant l'un des tueurs à gages les plus renommés du système solaire. Absalon est un homme d'équipe qui sait s'entourer pour faire accomplir ses tâches par des collaborateurs.
Fode
C'est aussi pour cela qu'il s'en tire toujours très bien. Il parvient toujours à faire porter le chapeau à ses assistants.
Scheme
Mais pas ce jour-là. Il est seul, moi aussi, et il n'y a personne dans la coursive lorsque nous nous croisons. Nous nous jetons donc l'un sur l'autre et le 1er effet est de nous rejeter chacun sur le côté. Nous nous remettons sur pattes. C'est le moment de l'observation. Petits pas. Chacun adopte des positions improbables pour impressionner l'autre. Lui porte sa garde très haut, au-dessus de sa tête, en inclinant ses poignets à 90°, poings fermés, en se dressant de tout son long sur la pointe des pieds. Il donne vraiment l'impression de maîtriser une technique spéciale. Moi, je tente tout l'inverse. Je baisse mon centre de gravité au maximum en pliant mes genoux et je claque mes paumes sur le sol. Franchement, nous serions faits de béton ou de bois, à ce moment-là, on aurait pu nous mettre en quinconce et nous ranger dans une boîte. Il lance une attaque latérale de sa jambe qui passe largement au-dessus de ma tête. Je tente un coup de poing au plexus qu'il esquive d'une fente arrière. Nous restons bien souples sur nos appuis. Nous échangeons une série d'uppercuts venus de nulle part et n'ayant aucune destination.
Fode
2 mecs bourrés.
Scheme
2 jabs plus précis s'enchaînent simultanément et se croisent en route pour venir frapper de mon côté l'épaule gauche et du sien son menton. Je fais plus de dégâts que lui et il recule sous l'impact. Je n'en crois pas moi-même d'avoir réussi ce coup en regardant mon poing. Je me jette sur lui et l'enserre à la taille. Nous chutons et roulons l'un sur l'autre. S'ensuit une sorte de nid de serpents où chacun cherche un étranglement sur l'autre.
Fode
2 gamins dans une cour de récré qu'un adulte aurait sermonnés après les avoir séparés.
Scheme
Pas tant que ça. Je prends petit à petit l'avantage en me glissant dans son dos et en plaçant mon avant-bras sous sa gorge. J'improvise. Je finis son maintien en crochetant mes jambes sur ses hanches. Ses mains me cherchent dans le vide. Son corps ondule dans tous les sens. Nous rougissons, lui par la pression du sang sur son cou, moi par la tension de tous mes muscles. Il résiste de moins en moins et je le sens partir petit à petit. C'est là qu'il ne faut rien lâcher. Je prends une grande inspiration. Je nous retourne d'un coup. Il se retrouve sur le ventre et moi accroupi sur son dos. Je le finis d'une façon tout à fait crapuleuse. Alors qu'il semble ne plus réagir, je place mon genou derrière sur sa nuque et je tire des 2 mains en arrière en introduisant mes 2 index dans chacun de ses yeux et mes 2 annulaires dans sa bouche et je tire sur ses joues. La victoire appartient au plus opiniâtre. Je finis par lui démembrer le rachis cervical en un craquement. De rage, je continue à lui cogner la tête sur le sol. J'aurais été jusqu'à lui arracher, comme ce qui avait été fait pour Mjesec. Mais c'est bon. Ça suffit. Il est mort. Je traîne son corps jusqu'à une valve de pression. Je le place recroquevillé dans un sas. Il ressemble à une marionnette coupée de ses fils. Je referme le hublot. Son visage bouffi s'écrase sur la fenêtre ronde. Ses yeux sont ouverts mais ne me regardent plus. Je prends le temps de bien respirer son âme. J'expire. J'active le panneau extérieur. Son cadavre s'échappe d'un coup dans le cosmos.

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