Suite au kidnapping de Nectaris, nous partons à sa recherche avec Occlo et Spogma, 2 amis sûrs. Nous la retrouvons mais elle nous échappe de peu 2 fois de suite. Occlo décède dans un accident de rover lors d'une poursuite sur la fast lane menant à Copernicus. Finalement, dans l'enceinte de Copernicus, devant notre acharnement, l'équipe encadrant Nectaris décide de contre-attaquer. Ils nous tendent une embuscade. Ils m'enlèvent également. Spogma parvient à prendre la fuite. Je suis à l'intérieur du rover avec 2 d'entre eux. On me retire ma cagoule et je peux voir ce qui se passe à travers les vitres fumées.
Avant d'aller plus avant dans la traque qui va se mettre en place pour nous retrouver, il faut que je fasse un point d'introduction à l'excavation de Luna. Copernicus est le plus grand axe de descente dans les profondeurs de Luna en plus de desservir toutes les lignes internes entre les plus grands cratères des 3/4 de la face visible. Il est administré par les Grands Cirques. Tous les véhicules le souhaitant s'encastrent dans un container, les uns derrière les autres. Un sabot bloque les 2 roues arrière par un tube de section pour éviter qu'elles ne roulent. Le loquet est lui-même soudé à l'armature du container. On passe par la croûte à travers un premier réseau de creux. Le voyage s'effectue comme en ferry pour traverser un bras de mer. C'est un regroupement clos de passagers divers descendant dans la deuxième perforation la plus importante du volume lunaire après le tunnel nord/sud qui relie Peary-Bird au Malapert. La coulée vers les zones creuses repérées par sonde au-dessous de mare Imbrium est un tunnel où s'échange un flot régulier de transport de passagers et de marchandises.
En fait, c'est une sorte de tube, mais pas comme ceux qui font le tour des cratères ; au lieu d'être horizontaux, les wagons sont verticaux. Les véhicules sont chargés étage par étage, mais c'est le même mode de propulsion sur coussin d'air à l'intérieur d'une membrane sur laquelle glisse la traction. L'air issu de l'Atmo a envahi les espaces internes par le simple appel du vide, ainsi, durant toute la descente, nous tombons à une vitesse contrôlée par de puissants freins. Nous sommes happés par l'attraction lunaire vers son centre. C'est le mode de déplacement le plus économique et le moins polluant qui existe. La gravitation universelle est notre mode de propulsion. Jamais Isaac Newton n'aurait pu imaginer que sa découverte permettrait un transport civil ! Les compartiments sont autonomes et se rééquilibrent dans les courbes que dessine la descente comme les nacelles d'une grande roue sur une fête foraine ou un niveau à bulle.
L'artère s'ouvrant à l'arrivée de la tubulure est comme une jarre en terre cuite avec sa lèvre accrochant une ouverture prise dans un moule en béton. Puis cela s'ouvre vers un intérieur très vaste qui serait la paroi de cette jarre. La cavité est quadrillée et taillée pour agrandir ses terrassements. Dans les poches rocheuses, il y a du vide mais c'est du vide en milieu protégé par une coquille de roche. Le tunnel N/S était déjà le projet d'architecture le plus ambitieux de tous les temps, avant qu'il ne devienne le premier axe autour duquel s'est articulée toute la conquête de l'intérieur de la Lune, détrônant toute comparaison possible avec ce qui s'était fait de plus géant depuis... Je ne sais pas... l'Égypte ancienne. L'exploitation minière de Luna s'est faite d'une façon tout à fait différente en fonction des zones géographiques et des façons de faire. Il y a des formations rocheuses qui sont impénétrables. Les efforts pour creuser les roches dures sont inscrits dans le patrimoine sélène comme une obsession. Il y a des étincelles sous un laser éclairant le cœur de toutes les personnes de ma génération.
Ils ont installé un chantier pour mettre en place cette découpe sur tout un rayon creusant vers l'ouest en remontant à la surface avec le projet d'évider totalement tout un quart de la Lune. Le sommeil des architectes troglodytes est rempli de murs qui s'assemblent, d'angles qui se traversent, de courbes poly-angulaires se rattrapant entre elles. Toutes les différences, tous les styles de forage sont présents. En réalité, il n'y en a que 2 avec toutes leurs subdivisions qui sont autant des idéaux politiques que des techniques de fouille. Les SubSelen des Grands Cirques ont de gros moyens. Ils ont toujours eu de gros moyens. Ils taillent des formes planes à géométrie variable sur d'immenses volumes. Ils évident tout ce qu'ils peuvent. Chez les Subselen de Gassendi et Gruithuisen, on creuse des galeries innombrables à travers les volcans qu'ils assèchent. Mais aussi tous les volcans sous-marins de toutes les mers issues des éruptions de 2026 sont investis et aménagés.
Toutes les possibilités de progresser plus facilement à travers les veinures de la croûte et du manteau sont exploitées. L'une des techniques utilisées a été d'assécher progressivement ces volcans. Nous obtenions ainsi un conduit direct jusqu'au centre déjà creusé par les laves par des conduits naturels. Le rayon de la Lune fait 1737 km. Son noyau solide, fluide et partiel en prend 480 dessus. Avec une marge de sécurité par rapport à la chaleur et la radioactivité qui ne permet pas le maintien de la vie en son centre, nous obtenons, à peu près, 1000 km à parcourir à travers croûte et manteau face visible.
Percer la croûte est encore ce qu'il y a de plus difficile car elle est dure mais plus on s'éloigne vers le centre et plus les roches se ramollissent. Il est donc de plus en plus facile de creuser mais aussi parce que les roches les plus légères se sont accumulées vers le côté visible au fil des nombreux millénaires, attirées par un jeu d'attraction complexe entre la Terre et le Soleil. C'est pourquoi la face visible a été la plus exploitée de toutes les surfaces lunaires. Elle était plus commode à caver. Les basaltes regorgent de minéraux avancés que les différents bombardements météoritiques ont pilés. Jusqu'à quelle profondeur l'impact des météorites a-t-il affecté la transformation des roches ? C'est en répondant à ce genre de question que nous retraçons également toute l'histoire du système solaire. Toute une géologie préservée durant 5 milliards d'années reste à découvrir. L'organisation sédimentaire est si vaste et si idéale que les rêves les plus fous ont animé les hommes et les femmes sur ce qu'ils pourraient découvrir. Creuser, excaver, forer, percer, exfiltrer, tailler sont des verbes revenus en force dans les discussions. On se disait : « si je trouve un gisement de métaux rares, je deviendrai riche ». Olivine, ilménite, des feldspaths, même composition que sur Terre, certes, mais on trouvait aussi des pyroxènes déments, des groupes de spinelle inconnus et pourquoi pas des mines d'argent, de titane ou de cobalt. La haute teneur en fer du manteau lui assure une utilisation directement sur site. L'extraction et la transformation des matières premières en matériau de construction brut forment des chaînes d'usines se regroupant pour s'implanter sur de nouvelles plateformes de forage apparaissant jour après jour.
Les Localselen des GC et les Proselen de Gassendi et Gruithuisen ne sont pas les mêmes que les Subselen de la Locale (nommés Localsubselen) et les Subselen Proselen (nommés Prosubselen) à l'intérieur de Luna. Nous y reviendrons. La Locale détruit tout et reconstruit tout. Les Prosubselen creusent des galeries formant un réseau de soutènement. Ce sont 2 façons d'envisager l'occupation de Luna dans sa masse. Un conflit entre Prosubselen avec leurs galeries et les Localsubselen et leurs chambres vides apparaît au fur et à mesure que l'exfiltration des roches forme des chantiers nouveaux, abyssaux. Les territoires d'Oceanus et des mers restent, comme en surface, des espaces intermédiaires de coopération et de négociation. Des délimitations se mettent en place. Les frontières au sol sont reproduites à l'échelle en profondeur. Mais, à long terme, tout ne risque-t-il pas d'être remplacé ? L'architecture finale de Luna est plus que jamais en débat ! C'est cette histoire que Fode et moi souhaiterions vous raconter.
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