Translate

S8E9 Poursuite


 
Scheme
Après le traité d'Aristillus qui a vu la victoire des Proselen, après la tentative d'annexion par la Locale et l'éviction de Sarped Khunsu, une nouvelle période s'ouvre sous les effets de plus en plus marqués de l'atmosphérisation lunaire, l'Atmo. Une mobilisation importante se met en place au sein du cratère Arzachel, le mouvement Subselen, rassemblant Proselen, Localselen et autres collectifs constitués, réunis pour construire la suite, en particulier les chantiers s'ouvrant sur l'occupation interne de l'écorce lunaire. Une personnalité politique s'impose au sein de ce mouvement, Nectaris Prima, fille de l'administrateur d'Archimède. C'est le seul contre-pouvoir au sein de l'Atrium d'Hipparchus face aux grandes familles Localselen qui administrent les Grands cirques. Avec Nectaris, nous nous aimons, nous formons un couple engagé dans une défense de Luna comme un bien commun partagé. Un jour, lors d'un meeting organisé à Pitatus, Nectaris est kidnappée par un groupuscule armé et cagoulé qui ne s'identifie pas et ne demande rien. Le mouvement en prend un coup. Je me lance à sa recherche et je parviens à trouver son lieu de détention. Avec Occlo et Spogma nous nous rendons sur place et tentons de la délivrer en mettant le feu à un entrepôt mais c'est un échec. Nos adversaires parviennent à s'échapper en rover en direction de Copernicus. Durant notre attaque, je suis blessé par balle. Nous nous lançons à leur poursuite pendant qu'Occlo me soigne.
 
Poursuivons. Je suis traîné par mes camarades jusqu'à notre rover dans les allées sombres du chantier. Des secours se sont rapidement organisés pour maîtriser le début d'incendie que nous avions provoqué et qui a fait fuir les ravisseurs de Nectaris. Bien que cet incendie se soit révélé totalement inutile, il permet une sorte de diversion pour nous permettre, autant à nous qu'à eux, de partir de notre côté sans être interpellés. Et nous nous retrouvons sur la fast lane de Copernicus. Spog a mis les bouchées doubles alors que nos poursuivants ne s'y attendaient pas malgré leurs bonnes allures. Occlo s'occupait de me soigner avec ce que nous avions à bord. Il a fallu déloger la balle restée coincée au niveau de l'os de la cuisse. Après avoir stoppé le saignement par une pression sur l'artère fémorale entre l'aine et le haut de la cuisse, nous avons nettoyé la plaie et nous l'avons désinfectée avec une gaze. L'énergie cinétique de la balle m'avait entièrement secoué. J'étais tout pâle. Je m'exprimais dans un souffle sans pouvoir finir mes phrases. Ensuite, il a fallu extraire la balle. Occlo, ça ne le dérangeait pas de me charcuter. Il m'a fait 3 piqûres d'anesthésie en se loupant 2 fois. Et là, franchement, je n'ai pas spécialement envie de m'étendre. Je suis tombé. Et quand je me suis réveillé nous étions arrivés à Copernicus. Nous stationnions sur un relais. Les regards de Spog et d'Occlo m'ont ravagé de désespoir. Nectaris était toujours en cavale. Spog a commencé à me raconter tout ce qui s'était passé.
 
« Spogma :
La fast lane de Copernicus est un axe essentiellement utilisé par les transports en commun. Ils sont très populaires et d'une redoutable efficacité. Ils rallient les Grands cirques à Copernicus. Copernicus, qui après avoir été une prison de haute sécurité est devenu, après plusieurs phases successives, la plateforme de transit principal entre tous les grands cratères pour les marchandises et les personnes.
Le rover fait des bonds sur des petits monticules en roulant parfois sur le bas-côté de la ligne. Il part en vol plané sur plusieurs dizaines de mètres et se pose sur la gravitation de l'Atmo. Cela nous procure une vitesse supérieure là où nos poursuivis roulent au sol en adhérence permanente avec le béton. Cela nous permet de les rattraper. Nous étions en pleine nuit lunaire et je crois qu'ils ne s'en étaient pas trop rendu compte mais depuis 5 minutes déjà nous étions juste derrière eux phares éteints. Tu étais dans un sale état. Tu planais complètement et tu nous sortais des trucs hallucinants à propos de la couleur du ciel sur Terre sur laquelle tu n'as jamais mis les pieds et plein d'autres trucs bizarres putain j'ai halluciné. Pendant ce temps-là on essayait de trouver des solutions. Je me souvenais que nous étions équipés d'un treuil à l'avant du rover, indispensable pour se tirer hors d'une pente ou décrocher une tige. Je décidais de l'utiliser pour accrocher nos poursuivants et ainsi freiner leur allure. C'était une bonne idée à la base sauf que ça ne s'est pas passé comme prévu. J'ai bien réussi à harponner leur pare-chocs par une fonction propulsion du treuil et à mordre leur tôle. Mais plutôt que ralentir, le véhicule devant nous a fait une embardée et s'est mis à partir en tonneaux en s'enroulant autour du câble que nous avions laissé se dérouler. Cette action a vu leur rover revenir vers nous à grande vitesse ne nous laissant que peu de temps pour réagir c'est-à-dire nous cramponner et te cramponner aussi. J'ai serré nos ceintures par une commande centralisée au dashboard qui nous a comprimés dans nos sièges d'un seul coup. Le choc. Et c'est parti pour plusieurs tonneaux. S'il y a des moments qui paraissent longs dans la vie parce qu'ils ne sont occupés par aucun événement, aucune tension, les moments courts, eux, ce qui les caractérise, c'est la qualité de la puissance et le nombre des événements la constituant. Plus l'intensité est grande plus le temps est court et moins il y en a plus c'est long. Et donc c'était comment dire… très très court et très très pénible. Au vrombissement des moteurs s'est succédé un silence malsain étiquetté par le grincement d'une tôle sur une autre et le roulement d'un axe désaxé. Le sifflement du vent dans les turbines écrasées m'a sorti de la torpeur. L'armature renforcée de nos carrosseries ont préservé notre habitacle. Je te retrouve comme je t'ai laissé, endormi par ton anesthésie de buffle, les bras ballants dans ton siège capitonné. Mais ce qui me ravage avant tout c'est Occlo. Pour une raison que j'ignore il s'est détaché de son siège et il a valdingué aux 4 coins du réceptacle. Lorsque je me détache et que je me hisse jusqu'à lui il est trop tard. Une large plaie sanglante à la gorge jugule sur un souffle se raréfiant. Il a les yeux grands ouverts et il bave du sang en grande quantité. Il trouve la force d'agripper ma combinaison et de la serrer en plongeant son regard dans le mien. Il s'éteint dans mes bras. Il faut que je m'extraie de là. Je te détache et te traîne à l'extérieur. Nous restons adossés au véhicule. Je suis sous le choc. Plusieurs véhicules s'arrêtent pour constater l'accident. Je me reprends d'un coup et nous éloigne de là. Je nous pose sur le rebord pour éviter que le rover nous pète à la gueule. À quelques dizaines de mètres se trouve l'autre véhicule. Je m'empresse de constater qu'aucun des 2 corps présents n'a survécu mais surtout que celui de Nectaris n'y est pas. Elle était dans l'autre véhicule. C'est là que je me rends compte que si elle y était j'aurais pu la tuer. Je me retourne et constate qu'un slide (Ndlr : une sorte de moto sur coussin d'air) s'est arrêté devant nous. Je te traîne jusqu'à lui et je m'en empare sous la contrainte de son chauffeur. Ma volonté a raison de lui. Il tente de s'interposer mais sans succès. Il reste sur place interloqué par la détermination de mon geste. Je te sangle avec un câble dans mon dos et nous décollons pour repartir à nouveau à la recherche du premier rover. Je ne sais même pas si Occlo a pu finir de traiter ta blessure et je t'avoue un peu, à ce moment-là, je m'en foutais un peu. Notre bolide est puissant et nous traversons la dernière partie nous reliant à Copernicus en quelques minutes. C'est l'aurore lunaire, un moment particulier. Les couleurs du ciel sont passées au vitriol. Bleu turquoise amendé de pourpre illuminé d'un jaune laiteux à paillettes. Le secret du temps pénètre l'inaltérable. Il nous conduit jusqu'à lui. Force est de constater qu'il s'enivre de ça. L'errance d'un dieu manifeste sa grandeur. Et pire qu'un peu pour le tout qu'il gère, soit par le sou madrigal soit par la perle scandinave, il décidera d'échanger son four contre un pain sans qu'il soit sûr d'être un vrai conquérant de la noche. »
« Moi :
Fais-le simple Spog s'il te plaît sinon on ne s'en sortira pas. » 
« Spogma :
L'enceinte autour des tours d'isolement de Copernicus gravit le long de mon œil. Ta bave s'envole au vent. Mes hormones s'exsudent à nouveau. Il n'y a pas tant de monde sur cet axe. C'est plus une route pour l'aménagement du transport en commun et puis elle s'est vue être empruntée par différents usagers qui faisaient des allers-retours entre Copernicus et le Triangle. La circulation y est donc très fluide il n'y a pas de bouchon. Les sorties pour le centre en arrivant sont des lignes qui se désolidarisent doucement de la principale et le trafic est constant. On glisse progressivement dans l'agglomération. Je n'ai pas de mal à reconnaître le rover de nos agresseurs et pour cela je plie la manœuvre. En chien de chasse je pousse sa mère. J'équilibre dans la tangente un coup sur la gauche. Ce fils de pute m'a pris dans sa vidéo. Tu me cisailles la poitrine avec les câbles et tu es un vrai boulet putain de merde. Je deviens fou et je commence à doubler en poussant un cri les coudes en avant. Je suis à la hauteur du cockpit. Je n'ai aucune idée de ce que je peux faire. Je ne peux strictement rien faire. Alors je l'insulte. La portière du rover se crispe d'un coup et elle se disloque aux 4 plans pour s'ouvrir. Un profil carré et solide apparaît. Une arme au poing se découvre et tire. Je décélère d'un seul coup et rétrograde dans ses roues. Je me dis que je vais tenir la distance et les suivre en attendant une occasion, une idée. D'un coup les jantes du rover se sont mises à chauffer et à rougeoyer. Elles ont basculé à 90° et ont soulevé le rover hors-sol. Je les ai regardés s'envoler. Ils se sont élevés et ont disparu majestueusement dans la circulation. Je suis resté comme un con sur mon slide avec un rond de flan accroché autour de la taille et une poitrine lacérée jusqu'au sang. Putain de merde mais c'était quoi leur modèle. Pourquoi on en avait pas un comme ça nous. Là il a fallu que je fasse une pause. Dans l'adrénaline je passe tranquille pas de malaise pas de fatigue mais juste après les dingueries, ça tombe en panne, je ne respire plus, je n'ai plus que 10 minutes avant de coucher par terre s'il n'y a pas un lit dessous.
Il y a une forme d'hôtellerie particulière à Copernicus qui est adaptée à l'importante circulation du public en transit vers d'autres destinations, les hôtels-capsules, dont les chambres se limitent à une simple cabine-lit à taille humaine avec des sanitaires communs. On en trouve un peu partout. C'est anonyme, automatisé, parfait pour nous. J'en trouve un isolé dans une zone industrielle. Il n'y a personne dans la salle de bain commune. Je peux recoudre le trou de balle sur ta cuisse et refaire tes bandages. Il t'a vraiment mis une dose de girafe parce que tu n'émergeras que le lendemain matin. Désolé si je n'ai pas été là à ton réveil mais je ne me rappelle pas avoir rentré le 2e pied dans la capsule avant de sombrer. »
 
Je reprends le fil. Une fois de plus nous n'avons pas beaucoup de temps pour réagir. Il faut les retrouver. Ne pas se laisser distancer. Nous n'aurons pas la même chance ni le même effet de surprise que lors de notre première tentative. Nous écourtons notre repos et 4 heures après notre arrivée, bien douchés, bien nourris, nous reprenons nos recherches frais comme 2 pailles au vent. Nous évitons de parler d'Occlo. Spog m'a raconté les faits. Il n'y a rien à rajouter. C'était un pote à lui. Il m'a sauvé la vie. C'est pour l'instant un drame que nous consommons dans le silence. Mais pour Spog, c'est un crime qu'il ne laissera certainement pas impuni.
Nous ratissons toute l'enceinte du cratère méthodiquement du nord au sud et d'est en ouest. Il n'y a pas un caniveau, une grille d'aération ou un contre-mur qui nous échappent. Nous interrogeons ceux qui nous semblent être alertes sur la circulation des gens, des commerçants, des prostituées, des convoyeurs. Mais rien de rien. Nous sommes une fois de plus contraints de revenir à notre point de départ. Nous finissons épuisés à la terrasse d'un bar les bras ballants et le regard vide. C'est à ce moment qu'un truc inattendu est arrivé. Un jeune garçon s'approche de notre table, pose un tabloïd devant nous et s'en va. Je l'ouvre. Il y a un fichier à la racine. Je l'ouvre. « Je peux vous aider rendez-vous ce soir à 19h à l'angle de la 12e et de la 7e ». Nous nous sommes regardés avec Spog et, bien sûr, on a trouvé ça étonnant. Que fallait-il faire ? Nous n'avions aucune piste. C'est la seule information que nous avions. Nous décidons rapidement de nous rendre à ce rendez-vous en acceptant l'idée que nous n'avions pas d'autre choix. Nous restons dans l'attente jusqu'au moment venu. Nous ne préparons rien de particulier. Nous sommes encore durement éprouvés par les efforts précédents. Nous nous reposons dans notre capsule sans mot dire. Nous prenons le temps de nous équiper du peu que nous possédons, c'est-à-dire 2 couteaux, une batte et une matraque téléscopique. Puis nous empruntons le mag de Copernicus. C'est un tram qui fait tout le tour du cratère, très en vogue sur les Grands Cirques depuis l'accélération de l'Atmo. Au carrefour nommé, nous nous positionnons sous un néon dos à dos. Il n'y a pas beaucoup de piétons et le vendeur de saucisses citronnées à côté de nous semble n'avoir même pas remarqué notre présence. Au bout de quelques minutes, le même garçon qui nous avait renseignés apparaît un peu plus loin sur le béton. Il nous fait signe. Nous le suivons. Il disparaît dans une ruelle. Nous le suivons. La ruelle en question se termine en cul-de-sac sur une grille assez haute. Notre garçon a disparu. Là, bien sûr, on comprend que ce n'est pas normal et nous rebroussons chemin. Mais il est trop tard. L'entrée est bloquée par leur rover. On se regarde et nos pensées oscillent entre les grosses nouilles que nous sommes et le fait qu'ainsi nous n'avons jamais été aussi proches de nos adversaires. Nous sommes prêts à en découdre. La porte latérale du véhicule coulisse et 4 bonshommes en descendent. Ils sont habillés en noir et le crâne rasé. D'abord c'est un peu la panique. Putain on est tombés dans un piège ! Et nous ne le savions qu'à moitié. On se reprend. Il va falloir faire face. Ils ont sorti leurs armes de poing et là on a immédiatement compris qu'une fois de plus nous allions avoir du mal à nous aligner. Leur tranquillité fait peur car ils s'approchent de nous avec un certain flegme. Ces mecs sont des pros c'est sûr ! Cela va assez vite en fait. Ils n'ont même pas utilisé leurs armes. Je suis le plus vif. Je me lance vers eux comme un fou couteau devant. Esquive. Mouvement de bras. Regard en coin. Riposte au coude sur mon dos. Je finis à plat ventre les 4 fers en l'air. Je suis immédiatement saucissonné dans 2 serre-flexs et traîné jusqu'au rover. Spog a le bon réflexe. Il se jette sur la grille fermant la rue et parvient à passer par-dessus. Les gars s'approchent de la grille. Ils ne tirent pas sur lui. Il le sent. Les insultes. Ils restent 1 minute comme ça à se regarder puis ils font demi-tour, rentrent dans leur rover et quittent le lieu. Mais ça c'est Spog qui me l'a raconté après parce que moi, à ce moment-là, j'étais étalé sur le plancher du rover. Comme je gueulais, ils m'ont bâillonné et comme je les voyais, ils m'ont cagoulé. Je n'en étais malgré tout pas moins satisfait. Je sentais qu'elle n'était pas loin et que, malgré ma situation, j'étais sur la bonne voie. Mais pourquoi ont-ils cherché à nous piéger alors que c'est nous qui les chassions et que, manifestement, ils nous fuyaient. À moins d'être un parano qui se prend pour un mytho, il y a eu un changement de stratégie de leur côté.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire