Addrynh
Dans les années 2070, tous les acteurs sont là. Proselen et Localselen de toutes tendances, migrants terriens, indépendants, ce qui s'est appelé la nécessité publique du bien commun, tous les intérêts privés. Par l'action combinée d'une arrivée massive d'immigrants terriens générée par l'organisation des 1ers jeux combinés de Plato et l'occupation discrète durant son déroulement de l'armée Localselen pour prendre possession d'une partie transversale de la Salamandre, une intense activité se déploie depuis la fin de ces jeux par la Locale pour appréhender les populations présentes et les contrôler.
Fode
Tu veux dire que cet événement a été l'occasion pour un certain nombre de ressortissants terriens de fuir leurs conditions de vie sur Terra, générant un flux migratoire produit par l'organisation des transports nécessaires pour acheminer du public sur place ?
Addrynh
Oui, en plus de positionner les troupes Localselen sur le terrain. Puis, suite au rejet des populations vers Vallis Alpes par la Locale à la suite de ces jeux, un regroupement s'est fait entre migrants et Proselen sur Plato. C'est une chasse quasi génocidaire à l'homme qui s'installe entre les différentes milices Localselen, les ressortissants et nous.
Delca
Tu dis nous mais tu étais à Gassendi toi !
Addrynh
Oui vous, vous Olala, mais c'était nous aussi !
Scheme
Leur divertissement favori consistait à jeter des groupes de civils dans les gorges en les faisant avancer sur une planche tendue derrière leurs rovers.
Addrynh
Des camps au bord du vide se mettent en place. Un point de tension se névralgise sur les gorges. Il y a des ponts qui se construisent au-dessus pour faire traverser les populations. L'un d'eux cède sous le poids et provoque un accident qui fait plusieurs dizaines de morts. Ensuite, nous sommes conduits et installés sur une parcelle surveillée, le cratère Cassini. Une énorme barre de contrôle des populations est organisée le long des gorges de Vallis Alpes, le cratère Trouvelot, à l'une de ses extrémités, enregistre tous les nouveaux entrants.
Delca
Toutes les gorges sont également devenues une zone d'expérimentation pour le tunnel N/S et Luna 3D. Tous les bords de la falaise sont occupés de bas en haut ce qui fait comme une charpente pour poser un chantier minier. C'est une frontière importante entre les 2 territoires et la seule ouverture à l'est donne sur le détroit de Fresnel. Cassini devient un camp de confinement à ciel ouvert et le cratère Plato finit sous gouvernance Localselen. Nous nous implantons de l'autre côté des gorges. C'est toute une urgence humanitaire qui s'organise sur Cassini pour les arrivants.
Addrynh
À Gassendi la situation n'est guère mieux depuis son annexion par la Locale. Des attaques en résistance contre les principaux centres Localselen sont revendiquées, en réponse à une répression plus forte de l'armée lors d'une manifestation Proselen sur le port de Gassendi le 13 mai 2069. Nos revendications exigeaient le retrait des troupes du cratère contre l'arrêt des attaques contre la Locale.
Delca
À Cassini, au début, on n'était pas nombreux à avoir suivi mon appel, juste une petite équipe mobilisée mais on sentait un gros soutien derrière. Il nous fallait des gens déterminés mais avec suffisamment de sang-froid pour tenir sur la durée. Car nous avions un plan. Lancer des troupes au front à l'assaut des militaires n'était pas envisageable. Dans mon discours, j'avais exalté l'idée de bloquer le détroit de Fresnel. C'était pour se donner du courage, pour exalter un possible. Mais faire ça tout de suite, à la hussarde, non, on se serait fait massacrer. Nous n'aurions pas atteint le premier abri Locale que nos pertes auraient été de moitié. Et c'est bien la seule forme d'attaque à laquelle la Locale s'était préparée contre nous. Une émeute dirigée contre eux aurait été vite calmée. Il n'y avait aucun professionnel des croisades parmi nous. Quelques baroudeurs, ok, mais pas des machines à tuer. On était plus des résistants que des combattants. La vie difficile que nous menions sur Luna depuis sa conquête nous avait transformés mais pas toujours au point d'aller se faire tuer pour notre cause. Le plus gros des troupes mobilisées pour nous suivre était beaucoup Proselen. Nous avions l'habitude du terrain, nous avions la plupart traversé Oceanus après l'occupation de Gassendi puis nous sommes passés par Gruithuisen. Nous avions tous ces enjeux bien ancrés dans notre parcours et notre mémoire. Notre histoire présente était intimement liée à son passé proche.
Scheme
Ce n'était pas le cas de nombreux exilés dont beaucoup finirent par se demander ce qu'ils foutaient là.
Delca
Les exilés de Terra débarquaient dans un monde nouveau et depuis quelques mois ils ne faisaient que subir les conditions épouvantables de la météo orageuse, ajoutées aux conditions de vie souvent en deçà de ce qu'ils vivaient sur Terre, sans parler de l'hostilité dont ils furent l'objet. Certains décidaient de quitter Cassini pour demander à revenir sur Terre. Ils avaient posé des campements à l'entrée des fortifications Localselen de Vallis Alpes attendant qu'une décision soit prise. Malgré tout, on n'accordait le droit de retour qu'à quelques familles. Tout en régulant drastiquement les nouveaux venus de l'immigration, ceux qui étaient venus en toute clandestinité restaient sur place, n'obtenant pas le droit de rentrer chez eux. Pour peu qu'un « chez eux » existât encore. Il y avait régulièrement des arrivées de réfugiés, mais qui étaient de moins en moins nombreuses et de plus en plus espacées.
Scheme
Chaque fois que l'armée Locale était présente dans Cassini ils patrouillaient rapidement dans le cratère. Ils rencontraient des porte-paroles, s'assuraient que tout semblait tranquille et ils repartaient. Nous étions bien sûr au courant de leur arrivée plusieurs jours avant par des observateurs sur les crêtes, mais aussi un détachement, qui se renouvelait pour accompagner les exilés qui souhaitaient revenir le long de Vallis Alpes pour tenter d'obtenir un retour sur Terre. Ils voyaient les départs de troupe depuis Trouvelot et nous avertissaient. On parvenait ainsi à chaque fois à camoufler nos activités et rendre l'apparence de notre siège tout à fait tranquille. On leur montrait même nos progrès en autonomie en leur faisant visiter nos quelques serres et nos constructions habitables en toile rigide. Ils ne manquaient pas, à chaque visite, de nous fournir quelques éléments pour notre survie, comme des couvertures, des engrais ou des... stylos. Oui, une fois ils nous ont filé des putains de stylos à bille. Le truc qu'on n'utilisait plus depuis 30 ans. On les a pris en les remerciant et on les a tous brûlés en faisant une fête.
Delca
L'entraînement avec les personnes volontaires pour constituer un corps armé s'est mis en place. À part quelques anciens, personne n'avait la moindre expérience de la lutte armée. Et il faut dire que ça nous a bien démoralisés quand on a fait les premiers essais de mortier et de lance-flammes. Le plus difficile a été d'éviter les accidents débiles. Finalement, nous réussissons à réunir un volant d'une bonne centaine de personnes ayant une volonté affirmée et un passé militant pour la cause. Ce groupe a entraîné avec lui presque 500 personnes intéressées et disons, 1 000 aptes ou en tout cas en état de courir et d'allumer un briquet. Ce qui nous faisait une armée graduelle de 1 500 à 2 000 personnes. Mais sur environ 50 000 personnes présentes sur le cratère ça ne faisait pas beaucoup quand même. Mais suffisamment pour qu'une organisation stricte se mette en place. Et ça je savais faire. Nous nous sommes occupés du recrutement. Nous avons donc planifié des regroupements par zones d'habitation avec des rééquilibrages entre les zones les plus et les moins peuplées. Ensuite, nous avons élaboré un programme qui alternait des échauffements physiques de toutes sortes, musculation, self-défense, course à pied, des cours théoriques sur la guerre subversive, le fonctionnement d'un corps armé, et des mises en situation. Pour les armes, nous attendions avant de passer à cette étape. Nous avions peu d'armes et peu de munitions pour nous exercer et il fallait gagner sa balle, si je puis dire. C'est au prix d'un effort dans les exercices précédents que l'on permettait l'usage des mitraillettes et des mortiers répartis en 2 garnisons qui s'éloignaient pour tester leurs matériels.
Fode
Des roquettes, des fusils automatiques, des lance-flammes et des mortiers ! D'abord vous tirez une roquette qui fait tout péter, ensuite vous achevez les survivants d'une balle, après vous leur cramez la gueule et enfin vous faites tout sauter. C'était ça votre stratégie !
Scheme
L'imagination vous emporte petite-fille ! Il y a rapidement eu une effervescence dans nos activités et une énergie soudaine à traverser tout le cratère, motivant beaucoup de réfugiés. Il faut dire qu'il n'y avait tout simplement rien d'autre à faire. Et ça aussi, c'est une chose que n'avait pas anticipée la Locale. Ils nous avaient mis là sans rien faire. Ça, le genre humain ne le conçoit pas. Même lorsqu'il est emprisonné.
Delca
Parallèlement, je forme une petite équipe restreinte de 4 personnes, dont je fais partie, pour une mission particulière. Alan, Lilith et Lily-Luna m'apparurent comme les plus aptes à nourrir ce projet d'infiltration dans Archimèdes. Je le voyais comme une réponse à l'occupation camouflée des jeux par la Locale. J'étais le plus âgé. Alan me suivait, Lilith et Lily-Luna formaient un couple lesbien. En nous regardant comme ça on aurait pu nous prendre pour 2 couples hétéros. Lilith était plus âgée que Lily et allait très bien avec moi. Alan allait hyper bien avec Lily-Luna. On se connaissait depuis longtemps. On s'entendait tous super bien. On avait fui ensemble de Gassendi. Nos aventures à ce moment-là étaient si intenses que nous étions tous d'une solidarité formidable. Alan est le premier que j'ai rencontré. Il est agent de maintenance dans la ventilation. Quelqu'un de plutôt taciturne, pas franchement causant mais une force de la nature. Il avait travaillé sur les grands cirques. La tuyauterie d'urgence en cas de détérioration de la ventilation principale de l'agence Proselen à Ptolemaeus, c'était lui ! Une ventilation plutôt imposante, directement taillée dans la roche. Au moment de se mobiliser pour agir contre la Locale à Cassini il était réapparu. Nous avons immédiatement fait équipe. Un gars qui maîtrise les circuits de ventilation sur la Lune, ça ne peut pas être inutile, mais il fallait y penser. Lilith était vendeuse dans un magasin d'électroménager à Billy-sous-Gassendi. C'est par Lily-Luna que je l'ai connue. Lily-Luna, après avoir suivi des études en droit, a splité les cours et ne faisait plus grand-chose à part découvrir son nouvel amour avec Lilith et faire de l'escalade libre sur les rebords du cratère Billy. C'est par cette pratique que nous nous sommes rencontrés. Elles portaient toutes deux un bandeau en tissu de couleurs vives sur la tête. Elles étaient magnifiques.
Addrynh
Un technicien, une commerciale, une grimpeuse et un aventurier...
Delca
Accompagnateur en moyenne montagne !
Addrynh
Quelle belle équipe !
Delca
On avait la foi ! On s'était monté la tête pendant des semaines pour galvaniser nos forces en élaborant tous les aspects de notre mission.
Addrynh
Mais quelle était-elle cette mission ?
Delca
S'infiltrer dans les favelas d'Archimèdes pour mobiliser sur place et faire des actions. Il y avait 2 options pour rejoindre ce cratère. On aurait pu rester sur les terres en longeant les Caucasus jusqu'à la pointe du détroit de Fresnel, passer le détroit et longer les prairies des Apenninus pour remonter sur le cratère en question. C'est un chemin long et rude. Nous avons préféré tracer une ligne à vol d'oiseau en partant directement de Cassini à travers Mare Imbrium jusqu'au cratère Aristillus, 150 km, la plus longue étape du trajet, traverser le cratère Aristillus de 50 km de diamètre en le contournant, car nous craignions une garnison en son fort, puis à nouveau les flots avec la traversée de Sinus Lunicus pour 100 km, avant d'aborder les plages d'Archimèdes. Le problème de cette traversée, c'était les eaux issues de la transformation des laves parfaitement toxiques et abrasives, pas pour des coques en acier mais, comme nous avions l'intention de traverser Imbrium en zodiac, au bout de quelques kilomètres, les matières plastiques auraient été rongées et nous aurions fini dans l'eau, dissous même avant d'être noyés. Il nous fallait une matière spéciale, qui soit à la fois souple pour pouvoir la transporter et qui puisse résister à l'abrasion des chimies en présence dans l'eau. Impossible d'imaginer un tel produit dans l'enceinte du cratère Cassini. Il a fallu passer cette commande à Gruithuisen Delta, où des labos étaient installés, pour envisager un tel tissu. Et c'est un matériau composite d'uranium appauvri qui nous est arrivé un mois plus tard à bord de notre petit sous-marin de poche depuis Gruithuisen. C'est simple, pour arriver à faire cette embarcation il fallait des composants qui soient quasiment égaux à ceux contre lesquels elles allaient se frotter. Ainsi notre zodiac était fait de matière plastique radioactive. Lorsqu'il était dégonflé il était maintenu dans un réservoir souple fermé hermétiquement. Ainsi, nous pouvions le transporter à dos d'homme. Mais dès qu'il fallait le sortir, le gonfler, l'équiper et naviguer dessus, il nous fallait nous-mêmes être habillés de protection, exactement comme au temps des premiers rejets gazeux des 20 années qui suivirent le cataclysme de 2026. Au bout d'un mois et demi, nous sommes prêts à partir. Alan portait sur son dos le moteur à double hélice de 500 chevaux de plus de 500 kg, sans la fraction gravitationnelle, il aurait été impossible à une seule personne de transporter un tel poids. Moi je portais le carburant nécessaire aux 2 traversées, c'était 2 gros bidons que je portais équilibrés de chaque côté par une barre en travers de mes épaules, il y avait au moins 300 kg. Lilith portait le zodiac confiné et Lily-Luna toute la logistique. C'était peu de dire que l'on était tous chargés comme des mules.
Addrynh
Vous partez réellement le 1er mars 2069. Vous êtes sur le rebord ouest de Cassini avec tout votre matériel.
Delca
Oui. Il a tout de même fallu poser quelques rappels sur des passages difficiles. La pluie ne nous a pas facilité le travail. L'ouverture sur Imbrium nous éclaboussait de sa sombre clarté. De l'autre côté, vers l'intérieur du cratère, au loin, on apercevait des milliers de flambeaux disséminés dans la plaine. Nous avons préféré faire la montée équipés de nos masques à oxygène. Nous aurions très bien pu monter sans, au point où nous en étions, mais on voulait essayer ce matériel et s'assurer qu'ils fonctionnaient bien.
Addrynh
Un tel équipement c'était du luxe sur Cassini.
Delca
Nous décidons de camper sur la crête, entre ciel et terre, dans l'espace confiné d'un rocher creux, protégés de la pluie mais pas du vent, s'insinuant même à travers nos yeux, brûlant sa cornée, glaçant notre cerveau. Le matin, nous sommes repartis dans la descente du rebord d'éjecta extérieur. Aucune difficulté majeure si ce n'est, comme toujours depuis des mois, les orages et la pluie abondante. Nous serpentions parmi les éboulements formant des plateaux successifs. Nous trouvons à chaque fois des passages pour descendre vers le suivant. Au bout de quelques heures, nous sommes sur la plage de rochers. Nous assemblons le zodiac munis de nos masques de protection. Nous parlons peu. Nous sommes concentrés sur l'essentiel. Nous attendons un peu pour partir. Nous embarquons. Le moteur fait beaucoup de bruit. Nous n'avions pas prévu cela. La mer est huileuse au sens propre comme au sens figuré. Elle est plus épaisse que l'eau salée terrienne. Nous avançons plus lentement. La crainte de voir notre carburant être consommé plus rapidement nous inquiète. Nous préférons ne pas y penser. Nous ferons un point arrivés à Aristillus. Progressivement, nous apercevons les lumières des cargos transitant par le détroit. Ils partent la plupart des grands cirques et de Copernicus à travers mare Insularum. Ce sont des tankers aux dimensions imposantes distants de quelques kilomètres chacun et circulant dans les deux sens. Nous ralentissons pour définir le bon moment entre deux passages pour nous infiltrer dans la zone du chassé-croisé. Il est impossible de nous repérer même au radar car nous sommes une toute petite embarcation sans éclairage perdue dans les remous. Seul le bruit de notre moteur peut nous trahir mais les écrasantes bâtisses couvrent notre éventuelle présence sonore de leurs machineries montées en vitesse de croisière. Il faut être suffisamment distant de l'étrave et de la poupe pour passer tranquille et ne pas se faire broyer d'un côté ou entraîner par l'hélice de l'autre. Le clair de Terre, que nous avons soigneusement choisi pour notre traversée, nous guide. Nous passons. Dans le couloir entre la double file, il ne faut pas traîner. Nous enchaînons notre deuxième passage pour nous éloigner de la circulation. Nous sommes obligés de charger le deuxième bidon d'essence pour finir d'atteindre les rivages d'Aristillus. Nous accostons. La face d'éjecta du cratère s'élève en pente douce devant nous pour se perdre dans les nuages gris-noir. Il faut dégonfler le zodiac, tout remballer, chercher un coin pour camper et passer la journée à l'abri dans un contrefort rocheux. Il faut encore contourner tout le cratère par l'extérieur en restant à couvert au maximum. Nous savons qu'il y a un cantonnement Localselen sur Aristillus mais nous ne savons pas où. À l'intérieur ? Dans la plaine ? À l'extérieur sur la crête ? En contrebas sur les plages ? Impossible de savoir. Nous avançons donc, par l'est, camouflés, par à-coups, en restant le plus possible dans l'ombre du rebord. Finalement, nous arrivons au sud-est du cratère en ayant parcouru presque la moitié de sa circonférence, soit environ 50 km d'une marche harassante, sans avoir croisé personne. Nous sommes épuisés. Cette traversée s'est bien passée. Elle nous a demandé beaucoup d'efforts et de concentration. Il n'est pas possible d'enchaîner par la seconde traversée. Nous passons plusieurs heures dans une toute petite caverne que nous obstruons par des cailloux et des tapis de lichen. Impossible de dormir, malgré la fatigue. Nous restons dans le silence de nos tentes. Le sifflement du vent à travers les interstices des pierres et le clapotis de la pluie sur ces mêmes donnent un concert étrange qui nous berce tant bien que mal. Nous restons sans bouger, sans parler, à reprendre des forces et à attendre le bon moment. Puis nous nous réengageons dans la nuit lunaire. Fraiche. Nous remontons le zodiac plus rapidement que la première fois. Nous décidons de franchir les premiers kilomètres de sinus Lunicus avec des rames improvisées avec les montants et la toile de nos tentes. Cela nous fait économiser du carburant et nous éloigne de la plage en silence. Plus loin, nous lançons l'hélice et le bruit du moteur, tout d'un coup, arrache un son terrible et nous fait presque un peu peur. Alan et moi nous nous relayons à la barre, Lilith reste près du matériel, Lily-Luna est à l'avant, penchée et elle scrute les vagues et les courants, nous donnant parfois quelques indications par des mouvements de bras. Nous franchissons les 100 km séparant Aristillus d'Archimède en 3h. Nous abandonnons le zodiac sur une plage pour attaquer la montée vers l'ouverture du cratère. Nous arrivons à Archimèdes accueillis par les reflets des milliers de petites lumières éclairant la ville dans la plaine. Il n'y a pas de contrôle pour rentrer. Nous avançons sur les trottoirs qui donnent sur la gare centrale du maglev. Je lance un com-radio. Mozzo, notre contact Proselen sur place, attendait notre coup de fil. Il vient nous chercher et nous accueillera chez lui.
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