Delca
Iwan avait toqué et une voix profonde nous avait dit d’entrer. Nous sommes rentrés dans le bureau de celui que l’on nommait Calderón, le président-directeur du club de boxe d’Iwan. Presque aussitôt, Iwan ressortit en refermant la porte. Tout sauvage que je fus, je fus saisi par le calme et la sobriété du lieu.
« Bonjour, je viens pour une inscription. »
L’homme assis derrière son bureau me tournait le dos et fouillait dans une armoire à fichiers. Il se tourna vers moi et me demanda de m’asseoir en me tendant une main vers l’une des 2 chaises en face de lui. Je m’approchai et m’assis. L’homme retourna la tête dans son fichier en me demandant 2 petites secondes avec 2 doigts. Calderón ne prêta plus aucune attention à moi. Durant plusieurs minutes, il n’y eut que le bruit de la paperasse rehaussé par quelques mécontentements grognards. Puis, sans relever la tête, il s’adressa à moi. « C’est pourquoi ?
Iwan avait toqué et une voix profonde nous avait dit d’entrer. Nous sommes rentrés dans le bureau de celui que l’on nommait Calderón, le président-directeur du club de boxe d’Iwan. Presque aussitôt, Iwan ressortit en refermant la porte. Tout sauvage que je fus, je fus saisi par le calme et la sobriété du lieu.
« Bonjour, je viens pour une inscription. »
L’homme assis derrière son bureau me tournait le dos et fouillait dans une armoire à fichiers. Il se tourna vers moi et me demanda de m’asseoir en me tendant une main vers l’une des 2 chaises en face de lui. Je m’approchai et m’assis. L’homme retourna la tête dans son fichier en me demandant 2 petites secondes avec 2 doigts. Calderón ne prêta plus aucune attention à moi. Durant plusieurs minutes, il n’y eut que le bruit de la paperasse rehaussé par quelques mécontentements grognards. Puis, sans relever la tête, il s’adressa à moi. « C’est pourquoi ?
– 1 inscription.
– Ça vous venez de me le dire jeune homme mais pour quelle pratique ?
– Je sais pas c’est pour apprendre à me défendre. »
Il se redressa et me fixa de la tête aux pieds.
« Te défendre contre quoi, les cafards ? » Il gloussa tout seul et retourna la tête dans ses fichiers. Il est vrai qu’à cette époque je ne ressemblais vraiment à rien.
« Non, j’ai été victime d’une agression il y a quelques jours et en discutant avec Iwan, je me suis dit que…
« Te défendre contre quoi, les cafards ? » Il gloussa tout seul et retourna la tête dans ses fichiers. Il est vrai qu’à cette époque je ne ressemblais vraiment à rien.
« Non, j’ai été victime d’une agression il y a quelques jours et en discutant avec Iwan, je me suis dit que…
– Ola Paco. »
En une demi-seconde, il se redressa, stoppa ses recherches, croisa les mains sur son bureau et me toisa scrupuleusement. « Alors tu t’es dit que t’allais venir chercher 2 ou 3 trucs chez papy pour effrayer les cafards hein, c'est ça ?
–
Oui, enfin non, c’est Iwan qui m’a parlé de vous, en fait, je venais
juste me renseigner sur vos prix, sur ce que vous faites, pour me faire
une idée quoi, comme ça.
– Une idée comme ça.
– Ouais, comme ça.
– Écoutez-moi jeune homme, ici on ne vient pas comme ça juste pour se
faire une idée, on a de sérieuses raisons d’être là ou on n'en a pas. Si
vous voulez apprendre un balayage ou une clé de bras, vous trouverez sûrement un club du 3ᵉ âge qui vous montrera comment dresser son
teckel au close-combat ou taper une esquive au sac à main. Mais ici, ça
n’est pas la vocation de la maison, vous m’entendez, alors merci et au
revoir.
– Ah et quelle est la vocation de la maison ?
– Repose-moi encore une seule de tes questions à la con et je te fous dehors avec ça dans l’cul. » Il fit un geste vers le coin de la table sur laquelle était posée un long bois en buis, une branche épaisse et longue comme une batte. Il répéta : « Merci et au revoir. » Je restais bouche bée et n’en rajoutais pas. Je me levai et sortis de la pièce promptement. Je pensais : « pauv’ connard va t'faire foutre ». Je traversais la salle aussi vite que je pus. Ma jambe me faisait toujours mal et je boitais en grimaçant. En passant devant un sac de frappe, mon regard croisa celui d’Iwan. Il frappait de toutes ses forces sur le cuir. Un bruit sourd et sec. Une même rage croisa nos regards. Je m’arrêtais et regardais une verrière au plafond qui filtrait la lumière du jour. Je revins sur mes pas brusquement et claquai violemment la porte du bureau. Calderón n’avait pas bougé et regardait dans ma direction exactement comme je l’avais laissé. J’éclatai d’un coup : « Allez vous faire foutre avec votre petit club de merde, j’ai rien à attendre de vous, je trouverai ces connards et je leur arracherai l’cul, retourner dans vos paperasses et allez sortir vos conneries à d’autres crétins qu’à moi parce que moi j’ai autre chose à foutre qu’à perdre mon temps avec des petites crevures dans vot’ genre. » Je repartis rouge, sorti du bureau et repris la direction de la sortie. Arrivé au 3/4 de la salle, le son de la voix de Calderón résonna dans le lieu : « Eh oh sale petite merde, viens voir par là. » Les quelques personnes s’entraînant là s’arrêtèrent pour observer la scène. Iwan s’arrêta aussi et souffla en recadrant ses épaules. « Tu m’as l’air bien teigneux, sache que tu m’as autant impressionné qu’un chien qui pisse contre un arbre. » Je m’arrêtais et restais dos tourné, hébété. Calderón reprit : « Mais où t’as vu qu’on m’parlait comme ça, trou du cul, tu t’es cru où là, dans ta chambre avec tes posters. Va crever derrière un tronc. » Calderón avait repris son calme, mais il criait toujours aussi fort. Cette situation me rappela un sentiment de déjà-vu. Excédé, je me retournais et revins vers lui en courant, ignorant ma douleur musculaire. Je voulus lui lancer mon poing en pleine face, mais je ne rencontrais que le vide. Calderón avait esquivé mon élan d’un pas sur le côté. Je restais le bras tendu dans ma course au-delà de lui. Sans avoir eu le temps de comprendre exactement ce qu’il s’était passé, je me retrouvais à genoux, un bras tenu derrière mon dos sans pouvoir faire le moindre mouvement. Putain, ces clés de bras de merde. En m’agenouillant, mon genou gauche craqua et ce fut un cri de douleur qui s’échappa de ma bouche. Calderón me maintint ainsi quelques secondes avant de me glisser doucement à l’oreille : « Tu me plais, petit, tu es un peu casse-couille mais tu bouges bien. Ça te dirait de venir t’entraîner ici ? » Un flot d’insanités écrasa ses paroles. Calderón changea de prise et je me retrouvais couché sur le ventre, son genou sur ma nuque. Je bavais. « T’inquiète, je ne suis pas chère, et puis on pourra s’arranger. » Sa voix s’était radoucie et il s’exprimait avec beaucoup de gentillesse. J’avais définitivement abandonné toute résistance. « Alors, ça te branche de savoir comment je t’ai fini en 2 secondes avec 3 doigts. » Un grognement fut ma seule réponse pour qu’il relâche sa prise. Je me soulevais, calmé, et je restais assis en tailleur à regarder autour de moi. Les autres avaient repris leurs entraînements. Nous nous sommes regardés et son œil rond percuta mon regard sous-jacent. Je rajoutais : « Tu fais toujours tes adhésions comme ça. » Il resta surpris devant mon flegme soudain après tant de furie : « Non, seulement quand ça vaut le coup petit, seulement quand ça vaut le coup. » Il m’aida à me relever.
– Ah et quelle est la vocation de la maison ?
– Repose-moi encore une seule de tes questions à la con et je te fous dehors avec ça dans l’cul. » Il fit un geste vers le coin de la table sur laquelle était posée un long bois en buis, une branche épaisse et longue comme une batte. Il répéta : « Merci et au revoir. » Je restais bouche bée et n’en rajoutais pas. Je me levai et sortis de la pièce promptement. Je pensais : « pauv’ connard va t'faire foutre ». Je traversais la salle aussi vite que je pus. Ma jambe me faisait toujours mal et je boitais en grimaçant. En passant devant un sac de frappe, mon regard croisa celui d’Iwan. Il frappait de toutes ses forces sur le cuir. Un bruit sourd et sec. Une même rage croisa nos regards. Je m’arrêtais et regardais une verrière au plafond qui filtrait la lumière du jour. Je revins sur mes pas brusquement et claquai violemment la porte du bureau. Calderón n’avait pas bougé et regardait dans ma direction exactement comme je l’avais laissé. J’éclatai d’un coup : « Allez vous faire foutre avec votre petit club de merde, j’ai rien à attendre de vous, je trouverai ces connards et je leur arracherai l’cul, retourner dans vos paperasses et allez sortir vos conneries à d’autres crétins qu’à moi parce que moi j’ai autre chose à foutre qu’à perdre mon temps avec des petites crevures dans vot’ genre. » Je repartis rouge, sorti du bureau et repris la direction de la sortie. Arrivé au 3/4 de la salle, le son de la voix de Calderón résonna dans le lieu : « Eh oh sale petite merde, viens voir par là. » Les quelques personnes s’entraînant là s’arrêtèrent pour observer la scène. Iwan s’arrêta aussi et souffla en recadrant ses épaules. « Tu m’as l’air bien teigneux, sache que tu m’as autant impressionné qu’un chien qui pisse contre un arbre. » Je m’arrêtais et restais dos tourné, hébété. Calderón reprit : « Mais où t’as vu qu’on m’parlait comme ça, trou du cul, tu t’es cru où là, dans ta chambre avec tes posters. Va crever derrière un tronc. » Calderón avait repris son calme, mais il criait toujours aussi fort. Cette situation me rappela un sentiment de déjà-vu. Excédé, je me retournais et revins vers lui en courant, ignorant ma douleur musculaire. Je voulus lui lancer mon poing en pleine face, mais je ne rencontrais que le vide. Calderón avait esquivé mon élan d’un pas sur le côté. Je restais le bras tendu dans ma course au-delà de lui. Sans avoir eu le temps de comprendre exactement ce qu’il s’était passé, je me retrouvais à genoux, un bras tenu derrière mon dos sans pouvoir faire le moindre mouvement. Putain, ces clés de bras de merde. En m’agenouillant, mon genou gauche craqua et ce fut un cri de douleur qui s’échappa de ma bouche. Calderón me maintint ainsi quelques secondes avant de me glisser doucement à l’oreille : « Tu me plais, petit, tu es un peu casse-couille mais tu bouges bien. Ça te dirait de venir t’entraîner ici ? » Un flot d’insanités écrasa ses paroles. Calderón changea de prise et je me retrouvais couché sur le ventre, son genou sur ma nuque. Je bavais. « T’inquiète, je ne suis pas chère, et puis on pourra s’arranger. » Sa voix s’était radoucie et il s’exprimait avec beaucoup de gentillesse. J’avais définitivement abandonné toute résistance. « Alors, ça te branche de savoir comment je t’ai fini en 2 secondes avec 3 doigts. » Un grognement fut ma seule réponse pour qu’il relâche sa prise. Je me soulevais, calmé, et je restais assis en tailleur à regarder autour de moi. Les autres avaient repris leurs entraînements. Nous nous sommes regardés et son œil rond percuta mon regard sous-jacent. Je rajoutais : « Tu fais toujours tes adhésions comme ça. » Il resta surpris devant mon flegme soudain après tant de furie : « Non, seulement quand ça vaut le coup petit, seulement quand ça vaut le coup. » Il m’aida à me relever.
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