Addrynh
Mes premières respirations sont celles de l’atmosphère induite par les
nombreuses centrales d’acclimatation implantées sur le territoire. Mes poumons sont remplis de cet air moins
riche en O² que sur Terre. Comme si nous vivions continuellement en très haute-montagne.
Au début il m’a été très difficile de rester
neutre dans ma façon de rapporter les événements. Il fallait que je
trouve un moyen de rendre gorge aux périodes auxquelles je n’avais pas
participées. J’optais pour différentes façons de vous rendre accessible
toutes ces informations. Il m'a fallu tant de temps pour ressentir le
passé, baigné tout au long de ma vie dans des ambiances si particulières
qu’il m’est difficile aujourd’hui de les retranscrire tant leurs
richesses furent grandes.
Je suis confortablement
installé en ma résidence sur les hauts, la lèvre du cratère Gassendi,
sur une large plateforme de roche végétalisée, coté Humorum. Au milieu
des terrassements internes la régolithe est moins dense. Elle est
rejetée sur les bas-côtés de l'unique circuit routier cerclant le
cratère sur plus de 200 kilomètres de circonférence. De ma terrasse, la
vue est assez sympathique. Plus bas, au-delà du circuit périphérique,
des artères de sorties descendent en zig-zag aux terrassements
inférieurs pour rejoindre les quais jusqu'à la baie. Gassendi se trouve
au point de jonction entre Mare Humorum, Mare Cognitum et Oceanus
Proscellarum à environ 40° de latitude Ouest sur 15° de longitude Sud.
Je
pris le temps de réfléchir aux façons de vous raconter cette histoire.
Chaque instant qui passe me plonge dans des situations annexes aux
événements strictement liés à notre émancipation. Chaque moment se
redessine dans ma tête selon les périodes, les personnes, les lieux. Et
je m’amuse à vouloir essayer de les traquer pour les faire exister. Le
récit est très elliptique et je m'arrête souvent sur ce qui m'est apparu
essentiel. Parfois je tente des expériences dans les marges. Ainsi les
chapitres sont souvent des textes à part entières. Des trous à compléter
entre un avant, un pendant et un après.
Depuis
longtemps le nom propre Sélénite est associé à la déesse grecque de la
Lune sêlênê. Un sélénite est un citoyen d'origine terrienne ayant vécu
sur Luna. Cette histoire, notre histoire, mon histoire, raconte celle
d'un peuple en exil. Un exil de la Lune vers la Terre et du retour vers
cette Lune providence dont certains les avaient vus naître.
Au
dehors, le souffle du vent sur la baie fait frémir sa surface. La
couverture atmosphérique issue du volcanisme s’est stabilisée et nous
couvrons désormais une bonne partie du globe jusqu’à une altitude de
5000 mètres, et cela progresse vite. La couche atmosphérique aura
bientôt couvert toute la superficie et nous aurons réussi à transformer
l’astre lunaire en station d’habitation naturelle. Plus d'un demi-siècle
de travail acharné.
Mon départ des fonctions à la tête de l’Entente Sélène concordait avec
mon désir d'archiver et de présenter notre parcours. Je commençais à être suffisamment
âgé pour que l’on respecte mon travail et de merveilleuses choses vont
encore se produire. Je le sais. J’espère vivre assez vieux pour assister à la stabilisation globale de cette biocénose.
J'ai
intitulé l'ensemble des premiers textes utiles à la compréhension de
cette mythologie "La cérémonie des cendres", à suivre sur ce blog. Cela
ira de la rencontre entre Delca et Iwan jusqu'au
dépôt des cendres cuites d'Eva au centre de la Lune. Entre ces 2 points
vous trouverez la mort d’Eva, la naissance de Lica et l'extradition de
Lica et Delca sur Clavius et Copernicus. Et puis les éruptions de 2026.
Notre drapeau est à l’image de ces terres, noir pour le vide cosmique, grise pour la régolithe et blanche pour l'éther.
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